Économie
Un fossé carbone béant dans la pêche française
La première étude nationale sur l’empreinte climatique des navires révèle des disparités considérables entre les méthodes de pêche, les grands chalutiers concentrant l’essentiel des émissions.
Le secteur de la pêche en France rejette annuellement 1,14 million de tonnes équivalent CO2 selon une analyse approfondie publiée ce lundi. Ce travail inédit met en lumière des écarts considérables entre les différents types de navires. Les bateaux dépassant quarante mètres, qui ne constituent qu’un pourcent de la flotte, génèrent à eux seuls un tiers des émissions totales du secteur. Leur impact climatique par marin embarqué s’avère sept fois et demie supérieur à celui des petites embarcations côtières.
Les chalutiers de fond, régulièrement critiqués pour leurs effets sur les écosystèmes marins, représentent près de la moitié des émissions bien qu’ils ne composent qu’un dixième de la flotte. Leur technique de pêche, qui consiste à traîner des filets sur les fonds marins, nécessite une puissance motrice importante et se révèle particulièrement énergivore avec environ quatre kilogrammes d’équivalent CO2 par kilogramme de poisson débarqué. À l’inverse, les méthodes employant les dragues et les chalutiers pélagiques affichent les bilans carbone les plus favorables.
Les trois quarts des navires français, majoritairement des unités de moins de douze mètres, ne contribuent qu’à quatorze pourcent des émissions du secteur. L’empreinte carbone globale de la pêche nationale représente environ 0,2 pourcent du total français, estimé à 563 millions de tonnes équivalent CO2 pour 2024. En comparaison, le secteur agricuel émettait 85 millions de tonnes équivalent CO2 en 2019, soit près de vingt pourcent des émissions nationales cette année-là.
Face à ces constats, les auteurs recommandent une transformation profonde des pratiques, incluant la réduction progressive du chalutage, le renforcement de la protection marine et la révision des exonérations fiscales sur les carburants. L’analyse intègre non seulement la consommation énergétique directe mais également l’ensemble du cycle, depuis la construction des navires jusqu’au devenir du carbone contenu dans les organismes prélevés.
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