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Économie

L’essor contesté des cafés low-cost à Berlin

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Une chaîne allemande au modèle automatisé connaît un succès fulgurant tout en suscitant une vive opposition locale, marquée par des actes de dégradation.

L’enseigne LAP Coffee déploie ses devantures bleu électrique dans les rues de Berlin avec une stratégie fondée sur la digitalisation et des tarifs défiant toute concurrence. Ses prix, inférieurs d’environ un euro à ceux pratiqués par les commerces traditionnels, séduisent une clientèle jeune et nomade. Le cappuccino y est proposé à 2,50 euros, quand l’espresso n’excède pas 1,50 euro. En dépit de la flambée des coûts de la matière première, l’entreprise est passée d’une unique boutique en 2023 à seize adresses dans la capitale, complétées par huit implantations à Hambourg et Munich.

L’univers des établissements se caractérise par un design épuré et un service entièrement automatisé. Les clients commandent via écran tactile, déclenchant ainsi la préparation mécanisée des boissons, sans intervention manuelle sur le broyage ou l’extraction. La configuration des lieux, dépourvue d’assises confortables, encourage la consommation à emporter dans des gobelets à l’emblématique couleur azur.

Cette expansion rapide provoque toutefois des remous au sein des quartiers historiquement préservés des enseignes internationales, à l’instar de Prenzlauer Berg qui compte déjà six implantations. Des collectifs citoyens dénoncent une accélération de la gentrification et la menace pesant sur les cafés indépendants. Plusieurs vitrines ont été vandalisées à la peinture rouge, tandis que des affiches accusent la marque de représenter « la cerise pourrie sur le gâteau » d’une transformation urbaine excluante.

Les gérants de commerces traditionnels s’alarment de cette concurrence jugée déloyale. Umut Ekinci, propriétaire de l’Auntie’s Café, estime que la survie des petites structures est compromise face à un modèle reposant sur des investissements massifs. LAP Coffee, dont l’acronyme signifie « Life Among People », se défend en invoquant une optimisation technologique permettant d’offrir des tarifs accessibles sans pratiquer le dumping.

Le cofondateur Ralph Hage, ancien cadre chez Red Bull et Standard Chartered, affirme révolutionner un secteur stagnant depuis des décennies. Il attribue les actes de vandalisme à une minorité hostile et revendique une ancrage local, rejetant l’image d’une entreprise déshumanisée. Pourtant, le financement provient de fonds d’investissement spécialisés dans les technologies émergentes, dont Insight Partners et HV Capital, ce dernier étant également actionnaire de FlixBus et Zalando.

Pour les opposants, cette manne financière permet une croissance agressive qui asphyxie progressivement le commerce de proximité. Un militant anonyme alerte sur la difficulté croissante pour les petits commerçants de se maintenir face à des acteurs capables d’absorber des loyers exorbitants. La crainte d’une uniformisation du paysage urbain se précise, où seules les chaînes capitalistiques et les restaurants haut de gamme trouveraient leur place.

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