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Économie

L’agrivoltaïsme entre promesses et désillusions

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Cette pratique qui associe production agricole et énergétique suscite autant d’enthousiasme que de réserves, divisant le monde rural entre opportunité économique et risques de dérive.

L’agrivoltaïsme, reconnu juridiquement depuis 2023 comme outil de transition énergétique, permet la coexistence de cultures et de panneaux photovoltaïques sur une même parcelle. Si seulement deux cents installations sont actuellement opérationnelles sur le territoire national, plus de deux mille dossiers sont en cours d’examen. Les professionnels du secteur évoquent un potentiel de plusieurs milliers de projets, présentés comme une forme d’agriculture d’avenir.

Les avantages semblent multiples pour les exploitants. Outre un complément de revenu substantiel, les structures photovoltaïques offrent une protection contre les aléas climatiques. Dans le Gironde, un producteur de kiwis constate ainsi que ses cultures s’épanouissent sous l’ombrage modéré des installations. Le financement est souvent intégralement pris en charge par des opérateurs énergétiques, avec des modèles économiques garantissant aux agriculteurs des revenus annuels stables sur plusieurs décennies. La compétitivité du coût de production électrique, nettement inférieur à celui des installations sur toiture, renforce l’attractivité du dispositif.

Pourtant, des voix s’élèvent pour en souligner les limites. L’ombrage provoqué par les panneaux entraîne mécaniquement une baisse des rendements agricoles, que la réglementation cherche à contenir. Certaines organisations paysannes dénoncent un risque de marginalisation de la production alimentaire au profit de l’activité énergétique. Des chercheurs préconisent d’adapter le taux de couverture des parcelles ou d’opter pour des systèmes mobiles permettant de moduler l’ensoleillement.

La spéculation foncière constitue un autre écueil majeur. Des millions d’hectares feraient l’objet de précontrats, créant une bulle spéculative susceptible de déstabiliser l’accès au foncier agricole. En Nouvelle-Aquitaine, des terres sont acquises à des prix bien supérieurs à leur valeur habituelle, compromettant l’installation des jeunes agriculteurs. Les contrats proposés aux exploitants sont parfois jugés peu équilibrés dans la répartition des bénéfices.

Le développement de l’agrivoltaïsme se heurte également à des contraintes techniques et administratives. Les délais d’instruction des projets s’étirent fréquemment sur plusieurs années, tandis que les capacités de raccordement au réseau électrique restent limitées. Les impacts sur les paysages et la biodiversité alimentent par ailleurs l’opposition locale, certains habitants redoutant une artificialisation des terres nourricières.

Face à ces défis, des parlementaires proposent un encadrement plus strict, plaidant pour une limitation de la puissance des installations et une meilleure redistribution des retombées économiques. Les partisans de la filière mettent en avant la possibilité de développer l’autoconsommation collective, particulièrement pertinente dans les zones éloignées des réseaux. Si l’agrivoltaïsme ne représente pas une solution miracle pour l’ensemble de l’agriculture, il pourrait apporter une contribution significative à la diversification énergétique tout en soutenant certaines exploitations dans leur modèle économique.

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