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Culture

Le dernier luthier du Cachemire, gardien d’une tradition séculaire

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Au cœur de Srinagar, un artisan de 78 ans perpétue contre vents et marées l’art délicat de la fabrication du santour, cet instrument emblématique dont la survie demeure incertaine.

Dans son atelier imprégné de l’odeur du bois patiné, Ghulam Mohammad Zaz consacre ses journées à sculpter avec une patience millimétrée les santours qui ont fait la renommée de sa famille depuis huit générations. Sous ses doigts expérimentés, le bois prend forme pour devenir ces cithares à cordes frappées dont les mélodies envoûtantes ont longtemps bercé la culture cachemirie. Chaque année, huit à dix instruments quittent son échoppe, trouvant acquéreurs aussi bien parmi les musiciens locaux qu’auprès de mélomanes européens ou moyen-orientaux.

Le vieil artisan représente aujourd’hui le dernier maillon d’une chaîne artisanale menacée de disparition. Aucun successeur ne s’est présenté pour reprendre son savoir-faire unique, constate-t-il avec une résignation teintée d’amertume. La transmission séculaire risque de s’interrompre avec lui, emportant dans son silence les secrets de fabrication jalousement gardés par sa lignée.

Cet instrument ancestral, aux sonorités à la fois hypnotiques et apaisantes, incarne pourtant l’âme musicale et mystique de cette région himalayenne. Son histoire se confond avec les échanges culturels qui ont traversé le Cachemire au fil des siècles, des plateaux iraniens aux vallées himalayennes. Ravivé au XXe siècle par des virtuoses comme Shivkumar Sharma qui l’ont adapté à la musique classique indienne, le santour a connu des heures de gloire avant de voir sa popularité décliner face à l’engouement pour les instruments occidentaux.

Les aléas politiques et les tensions persistantes dans cette région disputée n’ont fait qu’accélérer cette érosion culturelle. Pourtant, certains observateurs discernent des signes de renaissance. Des professeurs de musique notent un regain d’intérêt parmi les jeunes générations pour les instruments traditionnels, comme si celles-ci redécouvraient soudain la valeur de leur patrimoine musical. Cette lueur d’espoir, si ténue soit-elle, suggère que les mélodies du santour pourraient bien résister à l’oubli.

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