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La disparition programmée de l’Hôtel du Lac, joyau brutaliste tunisien

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Un édifice emblématique de l’architecture post-indépendance, célèbre pour sa silhouette de pyramide inversée, est actuellement démoli au cœur de Tunis, provoquant une vive émotion parmi les défenseurs du patrimoine.

Conçu par l’architecte italien Raffaele Contigiani et inauguré en 1973, l’Hôtel du Lac incarnait l’ambition moderniste de la Tunisie naissante. Commandité par le président Habib Bourguiba durant l’âge d’or touristique du pays, ce bâtiment audacieux — avec sa structure en béton suspendue — figurait parmi les fleurons mondiaux du mouvement brutaliste. Fermé depuis l’an 2000 en raison de litiges successoraux et d’une gestion défaillante, l’édifice est désormais en cours de démolition après l’obtention officielle des autorisations par son propriétaire, le fonds libyen Lafico.

Selon les responsables du fonds, plusieurs expertises auraient conclu à l’impossibilité de sauvegarder l’infrastructure, présentée comme irrémédiablement dégradée. Un projet de réhabilitation incluant un centre commercial et un nouvel hôtel de luxe reproduisant la forme pyramidale est avancé, avec un budget avoisinant 150 millions de dollars. Mais pour de nombreux architectes et historiens, la perte serait irrémédiable. L’Hôtel du Lac ne représentait pas seulement une prouesse technique — avec sa structure métallique importée d’Autriche —, il symbolisait aussi une époque où les jeunes nations africaines affirmaient leur identité à travers une esthétique résolument contemporaine.

La mobilisation citoyenne ne faiblit pas. Une pétition en ligne a recueilli plusieurs milliers de signatures en quelques jours, tandis que des manifestations sont annoncées pour le mois de septembre. Des voix s’élèvent pour dénoncer un manque de transparence autour du projet de reconstruction et l’absence de signalétique officielle sur le chantier. Des experts rappellent que des solutions alternatives, intégrant la structure existante, avaient pourtant été discutées en septembre 2024.

Certains spécialistes vont jusqu’à évoquer un potentiel inscription à l’Unesco, à l’image de ce qui se pratique en Ouzbékistan pour les monuments soviétiques. Pour eux, loin d’être un anachronisme, l’Hôtel du Lac pourrait constituer un atout majeur pour un tourisme culturel exigeant, attirant des visiteurs sensibles à l’histoire architecturale du XXe siècle. Sa démolition signerait la fin d’un chapitre important de l’histoire tunisienne et priverait les générations futures d’un témoignage unique de la créativité et des ambitions d’une nation en construction.

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