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Faits Divers

Violences sexuelles : quand victimes et agresseurs se parlent pour panser leurs plaies

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Dans des cercles de parole inédits, survivants et condamnés confrontent leurs histoires et cherchent ensemble un chemin vers l’apaisement.

Autour d’une table basse à Lille, six personnes se rencontrent pour la première fois. Trois ont subi des agressions sexuelles, trois autres en ont commis. Pendant cinq semaines, ils vont partager leurs récits sous la guidance de médiatrices spécialisées. Cette initiative de l’Institut français pour la justice restaurative brise un tabou : permettre un dialogue direct entre ceux qui ont souffert et ceux qui ont fait souffrir.

Les témoignages se succèdent, lourds de douleur et de remords. Une jeune femme évoque son viol à 16 ans, un retraité révèle un traumatisme militaire enfoui pendant des décennies, une quadragénaire raconte des années d’abus durant l’enfance. Face à eux, des hommes reconnaissent leurs actes : viol sur mineur, agressions répétées, comportements pédophiles. Certains avouent avoir eux-mêmes été victimes dans leur jeunesse, éclairant la complexité des parcours criminels.

Les échanges oscillent entre colère et empathie. « Comment avez-vous pu faire ça ? », lance une survivante à celui qui a violé sa propre fille. Les réponses, souvent empreintes de honte, décrivent des mécanismes de banalisation, des traumatismes non soignés, des prises de conscience tardives. La question du pardon divise : impossible pour certains, conditionnel pour d’autres.

Au fil des séances, les positions se nuancent. Des victimes admettent ressentir une « culpabilité d’éprouver de la compassion ». Les agresseurs, eux, décrivent le poids incessant du remords. Un participant compare ces échanges à « rejouer l’histoire » pour enfin trouver les mots qui ont manqué au moment des faits.

Lors de la dernière rencontre, l’atmosphère a changé. Les regards se croisent plus librement, des cadeaux symboliques s’échangent. Un ancien détenu confie : « L’étiquette de monstre commence à tomber ». Un survivant résume : « Nous nous sommes restauré notre humanité mutuellement ». Si les plaies restent ouvertes, ces dialogues improbables semblent avoir offert à chacun un début de reconstruction.

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