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Une famille décimée par la guerre, de la mer Noire au Donbass

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_**Le destin des Glodan, anéantis en deux ans, incarne le tribut effroyable payé par l’Ukraine. Leur histoire, faite de bonheurs simples et de pertes irréparables, se lit comme une chronique de l’absurdité du conflit.**_

Un samedi ensoleillé d’avril 2022, à Odessa. Alors que les festivités de Pâques se préparent dans l’appartement familial, un missile frappe l’immeuble. Valeria, 28 ans, sa mère Lioudmyla, 54 ans, et sa fille Kira, âgée de trois mois, périssent dans l’instant. Le père, Iouriï, absent pour quelques courses, devient l’unique survivant de sa cellule familiale. La nouvelle de cette frappe, qui coûta également la vie à cinq autres personnes, avait alors profondément ému le pays.

Dévasté, le jeune homme tente de survivre à son deuil impossible. Un an plus tard, au printemps 2023, il s’engage dans l’armée. Après un entraînement intensif, il intègre une brigade d’assaut d’élite et rejoint le front de l’Est. Pour ses camarades, il est d’abord un soldat silencieux, habité par une tristesse palpable. Ce n’est que plus tard, dans l’intimité des tranchées, qu’il confiera la raison de son mutisme, le vide laissé par la perte de sa femme, de sa fille et de sa belle-mère.

En septembre 2023, Iouriï Glodan trouve la mort lors d’un assaut près de Bakhmout, dans le Donbass. Il avait 31 ans. Ses restes, longtemps portés disparus, ne seront formellement identifiés que plusieurs mois après. Son enterrement a finalement lieu en février 2024, jour pour jour deux ans après le début de l’invasion à grande échelle. Dans le cimetière d’Avangard, près d’Odessa, trois tombes font désormais face à la sienne, de l’autre côté d’une étroite allée.

Ses parents, Nina et Iouriï, conservent précieusement l’album des souvenirs. On y voit un couple uni, des rires, un voyage à Rome, et les yeux immenses de la petite Kira. Avocat de formation, Iouriï avait finalement choisi la pâtisserie, rêvant d’ouvrir sa boutique avec Valeria. Sa spécialité étaient les rouleaux à la cannelle. Ces images d’une vie ordinaire et joyeuse contrastent cruellement avec le présent. Les amis du couple, comme Alla, gardent intactes sur leur téléphone les dernières conversations, ponctuées de messages inquiets restés sans réponse.

Le parcours des Glodan, de la frappe sur Odessa aux combats de Bakhmout, résume l’engrenage implacable de la violence. Il illustre, à l’échelle d’un foyer, les vagues successives de destruction qui ont balayé le pays, emportant des vies civiles puis militaires, brisant les lignées et réduisant à néant les projets les plus simples. Cette histoire singulière résonne avec celle de milliers d’autres familles ukrainiennes, confrontées à une même accumulation de deuils.

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