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Trois hommes, un pays, et une élection qui peut tout changer en Espagne

Un socialiste qui s’accroche à son fauteuil, un conservateur persuadé que son heure est arrivée, un tribun d’extrême droite bien décidé à peser de tout…

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Trois hommes, un pays, et une élection qui peut tout changer en Espagne

Un socialiste qui s’accroche à son fauteuil, un conservateur persuadé que son heure est arrivée, un tribun d’extrême droite bien décidé à peser de tout son poids. Les législatives de novembre se jouent entre ces trois-là.

Le décor est planté. L’Espagne retourne aux urnes et la bataille se résume à trois visages, trois trajectoires, trois ambitions qui n’ont rien en commun sinon de dépendre les unes des autres. Pedro Sánchez joue sa survie politique, Alberto Núñez Feijóo veut enfin franchir la porte du palais de la Moncloa, et Santiago Abascal rêve de devenir l’homme sans qui rien ne se décide à droite. Chacun a beaucoup à perdre.

Pedro Sánchez, 54 ans, économiste de formation, dirige le Parti socialiste depuis 2014 et le gouvernement depuis 2018. On l’a enterré politiquement plusieurs fois. Il est toujours revenu. Mais convoquer des élections anticipées pour tenter de garder le pouvoir est sans doute le pari le plus risqué de sa carrière. Le voilà affaibli, notamment par des dossiers judiciaires qui touchent son entourage, et tous les sondages lui promettent une défaite face au Parti populaire. Sa seule carte reste la mobilisation de la gauche, à commencer par la gauche radicale, unie en 2023 mais aujourd’hui fracturée et fragilisée. Sánchez mise aussi sur son rayonnement à l’international et sur les bons chiffres de l’économie espagnole. Il avance enfin des mesures pour faciliter l’accès au logement, au moment où des manifestations secouent le pays depuis une dizaine de jours.

En face, Alberto Núñez Feijóo. Ce haut fonctionnaire de 65 ans a régné plus de dix ans sur la politique régionale en Galice avant de débarquer à Madrid. En 2023, son parti est arrivé en tête, mais lui n’a jamais pu entrer à la Moncloa, Sánchez ayant réussi à négocier une majorité au Parlement. Depuis, il répète qu’il est prêt et revendique son pragmatisme. Les enquêtes d’opinion le donnent largement vainqueur en novembre, mais, encore une fois, sans majorité absolue. Autrement dit, il ne peut pas gouverner sans le parti de Santiago Abascal. Longtemps très critique envers Vox, Feijóo a progressivement adouci son discours et assure qu’il respectera le verdict des urnes, ce qui laisse la porte ouverte à un accord au niveau national. Les deux formations gouvernent d’ailleurs déjà côte à côte dans plusieurs régions.

Reste Santiago Abascal, 50 ans. Son parti, fondé en 2013, a fait revenir au premier plan une extrême droite restée marginale en Espagne depuis la fin de la dictature franquiste. Ancien militant du Parti populaire, carrure d’athlète et barbe soigneusement taillée, il ne mâche pas ses mots. Sánchez est à ses yeux un traître qui devrait être jugé, et le PP une petite droite lâche. Dans les sondages, Vox est la formation qui progresse le plus et s’installe comme troisième force du pays. De quoi nourrir des ambitions. Le parti s’est d’abord fait connaître par son opposition frontale à l’indépendantisme catalan, avant de mettre en avant un discours anti-immigration, notamment pendant la crise migratoire de Ceuta. Abascal a déjà fixé son prix pour soutenir la droite. Il réclame la priorité nationale dans l’accès aux aides sociales, pour que, dit-il, les Espagnols ne soient pas discriminés sur leur propre terre, et une politique de remigration destinée à inverser ce qu’il appelle l’invasion migratoire.

Voilà donc une droite qui a besoin de ses extrêmes pour gouverner, et une gauche qui doit d’abord recoller ses morceaux. Pour les électeurs espagnols, l’enjeu dépasse largement les personnes. De la composition du prochain Parlement dépendront la politique migratoire du pays, le rythme des aides sociales et la manière dont Madrid abordera les tensions territoriales. Rien n’est écrit, mais tout le monde sait déjà que les comptes se feront le soir du scrutin, addition après addition.

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