Europe
Polluants éternels, les industriels se mobilisent pour sauver leurs exemptions
On les trouve dans nos poêles, nos cosmétiques ou nos emballages de pizzas. Les PFAS, ces substances chimiques aux effets nocifs sur la santé, pourraient…

On les trouve dans nos poêles, nos cosmétiques ou nos emballages de pizzas. Les PFAS, ces substances chimiques aux effets nocifs sur la santé, pourraient bientôt être interdites dans les produits du quotidien, mais les industriels se battent pour obtenir un maximum de dérogations.
On les croise sans le savoir dans nos cuisines, nos salles de bain, nos vêtements. Les PFAS, ces composés per- et polyfluoroalkylés, sont utilisés par l’industrie pour leurs propriétés antiadhésives, imperméabilisantes ou leur résistance à la chaleur. Le hic, c’est qu’ils ne disparaissent jamais vraiment. Très persistants dans l’environnement, ils peuvent s’accumuler et avoir des effets délétères sur la santé. Augmentation du taux de cholestérol, cancers, troubles de la fertilité, impacts sur le développement du fœtus. La liste est longue.
Face à ces risques, la Commission européenne promet de frapper fort. Interdiction dans les produits de consommation courante, comme les vêtements ou les boîtes à pizzas, avec des dérogations pour des secteurs jugés stratégiques, la défense et la médecine en tête. Bruxelles qualifie cette proposition de restrictions « sans précédent » par son ampleur et son ambition. Le chantier est effectivement colossal. Plus de 10.000 substances individuelles sont concernées, réparties dans des domaines aussi variés que l’aéronautique, les batteries de voiture ou les panneaux solaires. La Commission reconnaît elle-même une « complexité exceptionnelle » qui a provoqué « une forte mobilisation des parties prenantes ».
Derrière ces mots, une bataille d’influence féroce se joue à Bruxelles. Simon Terwagne, lobbyiste chez Forward Global, ne s’en cache pas. « C’est mon plus gros dossier depuis cinq ans », lâche-t-il. Il défend les intérêts des industriels de la chimie et plaide pour une approche mesurée. « Réduire l’exposition aux PFAS a du sens, mais il faut le faire de manière raisonnée et proportionnée », soutient-il. Son objectif, tout comme celui de ses clients, est simple. Obtenir le maximum d’exemptions avant que la proposition de loi ne soit dévoilée début 2027.
Le lobbying a démarré tôt. Très tôt. « L’industrie a été assez habile en commençant avant même que l’ECHA ne rende son avis », dénonce Tatiana Santos, du Bureau européen de l’environnement, une ONG bruxelloise. Elle accuse les industriels d’avoir voulu imposer un récit, « voire certaines contre-vérités comme l’absence d’alternatives » aux PFAS. Dès mars, le lobby pharmaceutique européen (EFPIA) promettait des délocalisations si les médicaments ne bénéficiaient pas de « dérogations claires et durables », jugées « essentielles aux processus de fabrication ». Le lobby allemand Spectaris, qui défend l’optique, la photonique et les technologies médicales, s’oppose lui aussi à une restriction généralisée. Il monte au créneau pour les fluoropolymères, au cœur des négociations.
En charge du dossier, la commissaire européenne à l’environnement Jessika Roswall a reconnu des « discussions difficiles » pour les produits qui ne sont pas destinés directement aux consommateurs. Simon Terwagne plaide, lui, pour une voie médiane. « C’est une évaluation des risques, il y a tout un éventail de mesures entre le laisser-faire et l’interdiction, il y a une énorme marge de manœuvre », argue-t-il. Avant de dégainer son texte, l’exécutif européen attend encore un dernier rapport de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA), attendu d’ici décembre. Dans un premier avis rendu en mars, cette agence avait déjà jugé les PFAS « nocifs », pointé des « risques croissants » et plaidé pour une « large restriction » assortie de « dérogations ciblées » quand aucune alternative n’existe.
Les organisations environnementales, elles, redoutent le pire. Elles craignent que le futur texte ne fasse les frais du virage pro-business amorcé par l’Union européenne depuis deux ans. En difficulté économique face à la Chine et aux États-Unis, l’Europe ne veut pas fragiliser des secteurs déjà en souffrance. La Commission a même lancé une alliance européenne des substances chimiques critiques, qui doit dévoiler jeudi les molécules qu’elle juge indispensables pour l’économie du continent. Le Bureau européen de l’environnement en a claqué la porte, craignant un affaiblissement de l’encadrement des produits chimiques. En attendant, les ONG multiplient les campagnes auprès du grand public, notamment en Belgique et en France, où des contaminations de l’eau et des sols ont profondément marqué les esprits. Mais elles déplorent leur manque de moyens. Le Bureau européen de l’environnement dispose de 8,7 millions d’euros, contre 47,3 millions pour le Cefic, le lobby européen de la chimie.
À lire aussi

Faits DiversEn Ligne 6 joursRachida Dati risque de perdre sa mairie dès sa condamnation
Faits DiversEn Ligne 7 joursDerrière Gims, une machine à blanchir un milliard d’euros
PolitiqueEn Ligne 5 joursOlivier Faure accuse Jordan Bardella de mensonge et lui ferme la porte de Matignon
SociétéEn Ligne 4 joursUne Marche des fiertés très politique défile à Paris avant la présidentielle
PolitiqueEn Ligne 5 joursUn million de voitures électriques à 100 euros par mois, la promesse de Glucksmann aux Français modestes
PolitiqueEn Ligne 3 joursBudget 2027, Wauquiez écarte la censure et promet 20 milliards d’économies de plus
PolitiqueEn Ligne 5 joursLa colère des lycées déborde et met l’exécutif sous pression
SociétéEn Ligne 6 joursBlocages de lycées dans toute la France, Lecornu réunit sa cellule de crise
















