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À Bruxelles, le lobbying s’affiche mais garde ses zones d’ombre

Depuis le Qatargate, l’Union européenne a resserré les règles autour des milliers de lobbys qui arpentent ses couloirs. Mais entre un registre à moitié…

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À Bruxelles, le lobbying s'affiche mais garde ses zones d'ombre

Depuis le Qatargate, l’Union européenne a resserré les règles autour des milliers de lobbys qui arpentent ses couloirs. Mais entre un registre à moitié vérifié et des portes tournantes mal surveillées, l’édifice montre vite ses limites.

Tout a basculé fin 2022, quand la justice belge a ouvert une enquête sur d’anciens eurodéputés sociaux-démocrates soupçonnés de corruption, avec le Maroc en toile de fond. Le « Qatargate » a secoué les institutions et poussé l’Union européenne à encadrer plus fermement une activité qui irrigue Bruxelles en permanence. Entreprises, cabinets de conseil, ONG ou syndicats viennent y défendre leurs intérêts auprès des élus et des fonctionnaires.

Forcer les lobbyistes à se montrer, voilà la logique retenue. Toutes les entités qui veulent plaider leur cause au sein des institutions doivent s’inscrire sur un registre de transparence, qui compte aujourd’hui près de 18 000 inscrits. Chacune y détaille le budget consacré à ses activités d’influence et le personnel accrédité qui lui ouvre les portes du Parlement européen. Une mine d’or pour les ONG qui surveillent le secteur.

L’outil reste pourtant fragile. Treize équivalents temps plein seulement, côté institutions, sont chargés d’éplucher ces déclarations. « Il y a trop peu de monde pour vérifier l’ensemble des enregistrements », tranche le lobbyiste Paul Varakas, qui défend les producteurs européens de cigares. Vicky Cann, de l’ONG Corporate Europe Observatory, parle d’un dispositif « imparfait », non contraignant, dont une large part des données reste auto-déclarée et échappe à tout contrôle.

Autre pilier du système, la transparence des agendas. Depuis le scandale, les eurodéputés doivent rendre publics leurs rendez-vous avec des représentants d’intérêts. La même obligation pèse sur les commissaires, leurs cabinets et certains fonctionnaires occupant des postes stratégiques. Pour Umberto Gambini, du cabinet Forward Global, le lobbying bruxellois est même « très règlementé » et plus « transparent » que dans plusieurs pays européens.

Le papier ne règle pas tout. Fin 2025, la médiatrice de l’Union européenne, Teresa Anjinho, a pointé la rapidité et la proximité de la Commission avec les industriels lors de la révision d’une loi sur le devoir de vigilance environnementale des grandes entreprises. « La plupart des parties prenantes invitées étaient des représentants de l’industrie », a-t-elle regretté. Bruxelles a répliqué avoir largement consulté entreprises, syndicats et ONG. Le second mandat d’Ursula von der Leyen s’inscrit dans une ligne ouvertement favorable aux affaires, pour tenir tête à la concurrence chinoise et aux droits de douane américains.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. D’après Transparency International, les commissaires et leurs cabinets ont pris part depuis décembre 2024 à quelque 23 000 réunions avec des entreprises privées ou leurs associations professionnelles, contre 5 300 avec des organisations non gouvernementales.

Restent des « zones grises », comme le souligne l’eurodéputé écologiste Daniel Freund, qui réclame des contrôles renforcés sur les invitations à dîner ou les voyages. En janvier, l’Union européenne a annoncé le licenciement d’un ancien fonctionnaire, Henrik Hololei. Des enquêtes de presse avaient révélé que cet ex-directeur général chargé des transports avait voyagé à plusieurs reprises aux frais du Qatar entre 2015 et 2021, parfois en famille ou pour faire du shopping.

Le pantouflage demeure l’autre grand chantier des défenseurs de la transparence, ce passage du public vers le privé dans un secteur lié à ses anciennes fonctions. En 2016, l’embauche de José Manuel Barroso, ancien président de la Commission, par la banque Goldman Sachs avait défrayé la chronique, malgré sa conformité aux règles de l’époque. L’UE a depuis durci le cadre, en allongeant les périodes de contrôle après mandat à deux ans pour un commissaire et trois ans pour le président de la Commission. Mais ces règles varient fortement d’une institution à l’autre. Et pour les ex-eurodéputés, l’interdiction de devenir lobbyiste auprès de l’Union ne court que six mois, une durée que beaucoup jugent trop courte.

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