Europe
Lettonie, un vote dominé par la question russe
Le pays balte, membre de l’Otan et de l’Union européenne, renouvelle son Parlement samedi, avec la relation à Moscou comme fil rouge de la campagne.…


Le pays balte, membre de l’Otan et de l’Union européenne, renouvelle son Parlement samedi, avec la relation à Moscou comme fil rouge de la campagne. Malgré une économie à la peine et la poussée de formations populistes, le cap pro-européen et pro-ukrainien ne devrait pas changer.
Aux confins orientaux de l’Otan et de l’Union européenne, la Lettonie et ses 1,8 million d’habitants votent samedi pour renouveler leur Parlement. Le rapport à la Russie domine la campagne, et il structure depuis des années l’ancrage occidental du pays, à tel point qu’un revirement de cap après le scrutin paraît difficile à imaginer. Cette orientation pro-européenne et pro-ukrainienne s’appuie sur une large partie de la population, et même les formations qui la contestent disposent de très peu de prise sur les futures discussions de coalition.
Côté favoris, la Liste unie, formation de centre droit du Premier ministre Andris Kulbergs, caracole en tête des intentions de vote avec un peu plus de 14 %. Sa coalition de centre droit, qui rassemble également Nouvelle Unité, l’Alliance nationale et l’Union des Verts et des Paysans, toutes créditées de scores modestes autour de 4 à 6 %, devrait toutefois sortir affaiblie du scrutin. Environ un électeur sur cinq se dit encore indécis, de quoi rendre les prévisions très fragiles.
Sur la défense, le consensus saute aux yeux. Les dépenses militaires devraient rester proches de 5 % du PIB et le soutien à l’Ukraine se maintenir, seules quelques voix discordantes s’y opposant. Mais la campagne s’est aussi jouée sur le quotidien. La Lettonie affiche le niveau de vie le plus bas des trois États baltes, en dépit d’un rattrapage net depuis son entrée dans l’Union européenne en 2004. La croissance reste atone et les électeurs pointent le coût de la vie, l’état du système de santé ou des finances publiques sous tension. Les écarts entre régions sont criants. Autour de Riga, le PIB par habitant atteignait 101 % de la moyenne européenne en 2024, quand ailleurs il ne franchit pas la barre des 50 %. En Latgale, à l’est, une région largement russophone frappée par la dépopulation, la situation est encore plus rude. Aigars Soikants, 30 ans, habitant de Daugavpils, deuxième ville du pays où neuf habitants sur dix parlent russe, résume le malaise par le manque de jeunes et de bons emplois. Les gens partent, constate-t-il, en ajoutant qu’il glissera son bulletin dans l’urne pour un parti centriste ou de droite, agissant selon lui dans l’intérêt du pays.
La vraie nouveauté de cette campagne tient à la progression des populistes. Le parti Pouvoir souverain (Suverena vara) est crédité de plus de 9 %, ce qui pourrait lui offrir la deuxième place au Parlement. Critique de l’aide à l’Ukraine et de la hausse des dépenses militaires, il met en avant les difficultés économiques du pays. Ses détracteurs le jugent pro-russe, mais il reste politiquement isolé et n’a, sauf immense surprise, aucune chance d’entrer au gouvernement. Vjačeslavs Stepaņenko, qui mène sa liste en Latgale et se trouve être l’époux de la présidente du parti, plaide pour l’arrêt de toute aide à n’importe quel État étranger, en prenant soin de ne jamais prononcer le nom de l’Ukraine. Son credo tient en une phrase, c’est à nous qu’il faut aider, pas l’inverse. Autre formation populiste, Lettonie d’abord, autour de 9 %, mise sur un discours conservateur et des promesses de relance économique. Son chef, l’homme d’affaires Ainars Slesers, que les médias comparent régulièrement au président américain Donald Trump, pourrait devenir un partenaire incontournable des prochaines négociations de coalition. Reste à savoir si la Liste unie acceptera de gouverner avec lui.
Le vote russophone, lui, a changé de visage. Longtemps rassemblés derrière le parti Harmonie, les russophones, environ 35 % des habitants, se dispersent désormais entre plusieurs formations. Harmonie, qui avait gagné plusieurs législatives sans jamais accéder au pouvoir, a disparu du Parlement en 2022 et a très peu de chances d’y revenir. Cet électorat ne forme plus un bloc homogène, et une part croissante de ces votants arbitre désormais sur des critères économiques et sociaux, sans que les questions identitaires s’effacent pour autant. À Daugavpils, Valentin Trofimov, horloger de 62 ans, votera pour le parti de Slesers. Il déplore un pays qui manque d’argent pour tout, les transports, l’éducation, la médecine, et des salaires trop bas.
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