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Les Grues de Gdansk, un Héritage Féminin au Cœur de l’Industrie

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Dans les immenses halls des chantiers polonais, des opératrices expérimentées manœuvrent depuis des décennies les puissantes grues, perpétuant une tradition née à l’époque communiste et devenue un pilier de ce site historique.

Chaque jour ouvrable, Halina Krauze rejoint son poste de pilotage, niché à une quinzaine de mètres au-dessus du sol. Depuis cette cabine coulissante, elle orchestre avec une précision millimétrique le ballet des éléments d’acier qui, plus bas, seront assemblés pour former des tours d’éoliennes. À soixante-cinq ans, cette grutière compte parmi les doyennes d’une profession où les femmes sont majoritaires, une singularité qui plonge ses racines dans l’histoire industrielle de la Pologne.

Le site de Gdansk, berceau emblématique du syndicat Solidarność, résonne du fracas métallique des machines et du crépitement des soudures. Dans cette halle monumentale, la plus vaste d’Europe centrale en son genre, des centaines d’ouvriers s’affairent. Du haut de leur poste de commande, les opératrices surveillent les opérations, déplaçant des charges de plusieurs tonnes avec une dextérité remarquable. Cette spécialisation féminine trouve son origine dans les décennies passées. Le régime d’alors cherchait à intégrer la main-d’œuvre féminine dans des fonctions jugées moins physiques que les travaux au sol, confiant ainsi le maniement des engins de levage aux femmes.

Halina Krauze, entrée dans l’entreprise en 1983, a traversé toutes les métamorphoses du site, de la construction navale à la fabrication de composants pour les énergies renouvelables. Elle évoque avec une certaine fierté avoir utilisé la même grue qu’Anna Walentynowicz, figure fondatrice de Solidarność, dont le licenciement en 1980 marqua un tournant dans l’histoire du pays. Pour beaucoup ici, cette transmission est un héritage vivant.

La perception des compétences genrées semble établie parmi le personnel. Plusieurs opératrices estiment que leur approche, souvent décrite comme plus méticuleuse et posée, est appréciée par les équipes au sol. La responsabilité est immense, la sécurité des collègues travaillant en contrebas reposant entièrement sur la concentration et la maîtrise de celle qui tient les commandes. Cette expertise est aujourd’hui transmise à une nouvelle génération, incluant des apprenties venues d’Ukraine, où la profession est également largement féminisée.

À l’approche de la Journée internationale des droits des femmes, certaines salariées expriment une forme de nostalgie pour les marques de reconnaissance, symboliques, qui ponctuaient le calendrier à une autre époque. Elles constatent aujourd’hui un certain effacement de ces traditions, dans un environnement industriel profondément renouvelé mais où leur rôle demeure central. Ces femmes, aux commandes des géants d’acier, continuent d’écrire, discrètement, une page singulière de l’histoire ouvrière de Gdansk.

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