Économie
Le retour du fils prodige à la tête du verrier Arc
Un entrepreneur nordiste reprend les rênes de l’entreprise familiale, sauvant de la faillite un fleuron bicentenaire de l’industrie verrière, au prix d’un important plan social.
Timothée Durand reprend possession d’un héritage qu’il avait cru pouvoir quitter. Cet industriel de quarante-neuf ans, profondément enraciné dans le tissu économique de sa région, a été désigné par la justice commerciale pour reprendre le fabricant de verrerie Arc. Son offre, la seule déposée, marque un retour aux sources pour cette entreprise fondée en 1825, qui retrouve ainsi un statut familial après plusieurs décennies de passage sous pavillon américain.
L’histoire personnelle de Timothée Durand se confond avec celle de l’usine. Enfant, depuis la maison familiale voisine des ateliers d’Arques, dans le Pas-de-Calais, il grandit au son des machines importées par son père. Après des études d’ingénieur et une première carrière hors du groupe, il intègre finalement l’entreprise en 2004. La disparition prématurée de son père, trois ans plus tard, le place alors à la tête d’une partie du capital, aux côtés de sa sœur et de cousins.
Face à des difficultés économiques récurrentes, la famille avait pourtant fini par se retirer totalement du capital en 2016, cédant ses parts à un fonds d’investissement américain. En 2024, alors qu’Arc connaissait de nouvelles turbulences, Timothée Durand, toujours salarié, avait tenté sans succès un premier projet de reprise avec l’appui de Matthieu Leclercq, héritier de la famille Mulliez. L’échec de cette tentative l’avait conduit à quitter l’entreprise et à se consacrer au conseil.
C’est la situation critique du groupe, aggravée par la flambée des coûts de l’énergie, qui a précipité son retour. Contacté par la direction en place, il a préparé une offre de reprise en amont de la procédure de redressement judiciaire ouverte en janvier. Son projet, soutenu financièrement par Matthieu Leclercq via une prise d’obligations, a été jugé le plus solide par le tribunal. L’entreprise sera rebaptisée Verrerie Arc 1825.
Cette renaissance s’accompagne néanmoins d’un lourd tribut social. Le plan de sauvegarde prévoit la suppression de sept cents emplois sur les trois mille cinq cents que compte le site. Certains observateurs pointent d’ailleurs la responsabilité historique de la famille Durand dans les difficultés accumulées par le groupe, estimant qu’elle n’a pas su prendre à temps les décisions nécessaires à sa pérennité. Pour le nouveau propriétaire, le défi consiste désormais à transformer l’outil industriel tout en préservant l’identité et le savoir-faire de ce fleuron régional.
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