Économie
Le charbon indonésien, une dépendance qui persiste
L’avenir de la centrale de Cirebon, dont la fermeture anticipée a été annulée, cristallise les tensions entre les impératifs économiques, les promesses climatiques et les conséquences sanitaires en Indonésie.
La centrale thermique de Cirebon, dont les cheminées dominent la côte nord de Java, devait initialement cesser son activité en 2035 dans le cadre d’un accord international. Un revirement des autorités indonésiennes a finalement acté son maintien en service, relançant le débat sur la trajectoire énergétique du pays. Cette décision illustre les difficultés concrètes à concilier développement industriel et transition vers des énergies moins polluantes.
Pour les communautés de pêcheurs établies à proximité du site, l’exploitation de l’usine est synonyme de nuisances. Plusieurs d’entre eux rapportent un déclin sensible des ressources halieutiques, qu’ils imputent aux rejets d’eau chaude de l’installation. L’opérateur du complexe se défend en affirmant respecter scrupuleusement les normes environnementales en vigueur et garantir la qualité des effluents rejetés en mer.
Le projet de fermeture anticipée s’inscrivait dans le cadre d’un partenariat financier international, le JETP, destiné à accompagner la sortie progressive du charbon. Les retards dans le débloquement des fonds promis et le retrait de certains partenaires ont toutefois fragilisé ce mécanisme. Les observateurs pointent un manque de clarté dans la stratégie gouvernementale, entre les annonces en faveur d’une décarbonation et la volonté de préserver des capacités de production considérées comme fiables et économiques.
Cette ambiguïté stratégique intervient dans un contexte où le charbon demeure la pierre angulaire du mix électrique national. Selon les projections, de nouvelles capacités fonctionnant aux combustibles fossiles sont encore prévues pour répondre à la demande croissante. Parallèlement, des études épidémiologiques établissent un lien entre les émissions de particules fines de la centrale et des impacts sanitaires significatifs sur les populations avoisinantes, alimentant un sentiment de défiance parmi les riverains.
Sur le terrain, les positions sont contrastées. Si des militants et des habitants plaident pour une fermeture définitive, invoquant la préservation de la santé publique et de l’environnement, d’autres soulignent la dépendance économique que génère le site. Pour de nombreux employés et sous-traitants, l’activité de la centrale représente un gagne-pain indispensable, rendant tout débat sur sa fermeture particulièrement complexe.
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