Économie
L’agro-industrie argentine entre soutien et frustration face à Milei
Les producteurs agricoles maintiennent leur appui au président tout en exprimant leur déception devant le rythme des réformes promises.
Le secteur agricole argentin, pilier des exportations nationales, conserve son soutien à Javier Milei tout en laissant transparaître une certaine lassitude. Plus d’un an après l’élection du chef de l’État, les attentes en matière de réduction des taxes à l’exportation et d’amélioration des conditions économiques restent largement insatisfaites.
À San Pedro, à 170 kilomètres au nord-ouest de Buenos Aires, les producteurs comme Ruben Artigues, exploitant de fruits et légumes depuis trois générations, déplorent des coûts d’exportation toujours prohibitifs. Malgré tout, ils continuent d’appuyer le gouvernement, conscient des défis économiques hérités d’une inflation record et d’années de gestion hasardeuse.
La récente diminution des droits sur les exportations de viande et de céréales, annoncée à l’approche des élections législatives d’octobre, a été accueillie avec un scepticisme mesuré. La baisse des taxes sur le soja, principale culture d’exportation, de 33 % à 26 %, ainsi que celle sur la viande bovine et avicole, de 6,7 % à 5 %, apparaît comme une concession timide face aux promesses de campagne du président, qui qualifiait ces prélèvements de « vol ».
Les difficultés s’accumulent pour les agriculteurs, confrontés à des aléas climatiques et à une concurrence internationale féroce. Certains ont subi des pertes de récolte atteignant 30 % en raison du gel, tandis que d’autres stockent leur soja dans l’espoir d’une remontée des cours mondiaux. Les coûts logistiques, en particulier, grèvent la compétitivité des produits argentins, avec des frais d’expédition bien supérieurs à ceux des voisins chiliens ou uruguayens.
Si l’agro-industrie salue les mesures d’austérité prises par Milei, elle réclame davantage de discernement dans les coupes budgétaires, notamment en matière d’infrastructures et de recherche agricole. Federico Avila, ingénieur agronome gérant plus de 2 500 hectares, souligne la nécessité de passer de la « tronçonneuse » au « scalpel », en préservant des institutions clés comme l’Institut national de technologie agricole.
Malgré ces critiques, le soutien du secteur, qui représente près de 60 % des exportations du pays, demeure solide. Les acteurs reconnaissent la complexité du contexte, marqué par une inflation historiquement élevée et des déséquilibres structurels profonds. Pour beaucoup, l’espoir d’une amélioration progressive persiste, même si la patience a ses limites.
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