Planète
La voix des peuples isolés d’Amazonie
Un Brésilien déraciné devient le messager des communautés autochtones coupées du monde, racontant un parcours marqué par la perte et l’espoir.
Atxu Marima incarne aujourd’hui le paradoxe douloureux de ceux qui servent de pont entre deux mondes. Originaire de la tribu Hi-Merima, établie dans l’État brésilien d’Amazonas, cet homme a quitté son peuple durant son enfance après qu’un accident ait bouleversé l’équilibre familial. Son père, gravement blessé par un jaguar, avait développé un comportement mettant en danger ses propres enfants. Sa mère prit alors la décision de conduire la famille vers ce qu’elle nommait « la société civilisée ».
Ce déracinement s’est révélé catastrophique sur le plan sanitaire. Exposés à des pathogènes inconnus, plusieurs membres de sa famille succombèrent à des infections respiratoires. Seul survivant avec quatre frères et sœurs, Atxu fut séparé d’eux et placé dans une famille d’accueil où il fut rebaptisé et contraint à travailler dans des conditions difficiles jusqu’à ses quinze ans. Il ignore aujourd’hui si ses frères et sœurs sont encore en vie.
Devenu adulte, il ne peut envisager de retourner parmi les siens, par crainte de transmettre des maladies contre lesquelles les Hi-Merima n’ont aucune immunité. Cette impossibilité l’a conduit à endosser un rôle de porte-parole pour les peuples isolés, lors d’un récent déplacement à Paris où il a partagé son histoire.
Le Brésil a modifié sa politique envers ces communautés en 1987, adoptant le principe de non-contact après avoir constaté les ravages sanitaires provoqués par les rencontres antérieures. Les études indiquent qu’auparavant, près de la moitié des membres de ces groupes pouvaient disparaître dans l’année suivant le premier contact avec le monde extérieur.
Aujourd’hui, Atxu Marima collabore avec la Fondation nationale des peuples autochtones pour surveiller le territoire des Hi-Merima, reconnu officiellement en 2005. Il participe à des missions visant à intercepter les pêcheurs clandestins qui tentent de pénétrer dans cette zone protégée. Les incendies forestiers et la déforestation représentent également des menaces persistantes pour l’équilibre écologique de ces terres.
Malgré ces pressions externes, la communauté Hi-Merima aurait augmenté ses effectifs au cours des deux dernières décennies, comptant désormais environ cent cinquante membres selon les observations réalisées à distance. Les traces repérées en forêt témoignent de la présence d’enfants et de bébés en bonne santé.
Atxu Marima souligne que les peuples isolés redoutent avant tout la violence des armes et les maladies venues d’ailleurs. Bien que les Hi-Merima ignorent son existence, il considère que raconter son histoire constitue sa manière de maintenir un lien avec eux. Son plaidoyer insiste sur un principe fondamental. Ces communautés doivent pouvoir décider elles-mêmes si, et quand, elles souhaitent établir un contact avec le reste de l’humanité. En attendant, la meilleure protection reste de les laisser vivre en paix.
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