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Économie

La route de la transformation

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Le Guyana engage un chantier titanesque pour désenclaver son territoire et connecter son économie au géant brésilien, transformant une piste mythique en axe stratégique.

Un ruban de terre rouge serpente à travers la forêt équatoriale, reliant la capitale Georgetown à la frontière brésilienne. Cette artère vitale de cinq cents kilomètres, surnommée « The Trail », symbolise à la fois les défis et les ambitions du Guyana. Le gouvernement mise sur la manne pétrolière pour métamorphoser cette piste en un corridor économique moderne, capable de désenclaver les régions intérieures et d’ouvrir l’accès au marché brésilien.

Le projet, évalué à près d’un milliard de dollars, représente le plus grand chantier d’infrastructure de l’histoire du pays. Il prévoit la construction d’un pont de six cents mètres à Kurupukari, où une barge assure actuellement la traversée des véhicules. Pour les chauffeurs de poids lourds comme Ramdial Metleash, cette modernisation est synonyme de soulagement. Les conditions actuelles – pistes défoncées en saison des pluies, nuages de poussière en période sèche, pannes fréquentes – rendent le trajet éprouvant et aléatoire.

Au-delà des aspects logistiques, cette route revêt une dimension géostratégique. Elle doit faciliter l’accès à l’Essequibo, région riche en ressources naturelles mais aussi disputée avec le Venezuela. Les autorités entendent ainsi affirmer leur souveraineté tout en stimulant le développement des communautés amérindiennes locales. Le ministre des Travaux publics souligne l’importance de cette connexion avec le nord du Brésil, un marché de vingt millions de consommateurs.

L’impact économique s’annonce considérable. Les exportations guyanaises pourront transiter par le port en eau profonde de Palmyra, réduisant considérablement les délais d’acheminement vers les marchés internationaux. Les habitants riverains de la route, comme Michelle Fredericks qui tient un snack-bar à Kurupukari, anticipent déjà ces changements. Certains devront s’adapter, d’autres y voient une opportunité de développer le tourisme ou le commerce transfrontalier.

Plus au sud, près de Toka, Telford Davis incarne une autre réalité – celle d’un éleveur pratiquant une économie de subsistance mais vendant déjà ses porcs au Brésil. Pour lui comme pour beaucoup, la route promet à la fois modernité et préservation d’un mode de vie ancestral. Le Guyana semble résolu à écrire un nouveau chapitre de son développement, où la croissance économique s’articule avec l’identité territoriale et les aspirations de sa population.

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