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La rançon de la traversée : l’extorsion des passeurs en Méditerranée

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Des familles égyptiennes confrontées à des appels menaçants après le départ de leurs projets pour l’Europe, illustrant la violence d’un trafic qui prospère sur le désespoir économique.

Lorsque son frère a quitté le foyer familial pour tenter la traversée vers l’Europe, la première nouvelle reçue par sa famille fut un ultimatum. Un intermédiaire, depuis la Libye, exigeait une somme importante sous peine de mettre fin aux jours du jeune homme. Cette scène, qui se répète dans de nombreux foyers, révèle les méthodes de pression exercées par les réseaux de passeurs sur des projets déjà vulnérables.

Dans les campagnes du delta du Nil, l’absence de perspectives pousse de nombreux jeunes à envisager l’exil. Ils quittent leurs villages après avoir pris contact, souvent via les réseaux sociaux, avec des organisations proposant le voyage. Une fois la frontière libyenne franchie, les familles restées au pays reçoivent des communications les sommant de verser des fonds pour assurer la suite du périple. Le refus ou l’incapacité de payer expose les candidats au départ à des menaces explicites.

Plusieurs habitants d’une localité de la province de Charqiya ont ainsi été contraints de mobiliser leurs économies ou de s’endetter lourdement. Leur espoir a été anéanti par l’annonce, quelques semaines plus tard, du naufrage d’une embarcation au large de la Crète. Parmi les victimes figuraient plusieurs jeunes du même village, dont les familles avaient pourtant cédé au chantage.

Le phénomène migratoire en provenance d’Égypte a pris de l’ampleur ces dernières années. La dépréciation de la monnaie nationale et la hausse continue des prix des produits de première nécessité ont considérablement dégradé le pouvoir d’achat de ménages souvent déjà précaires. Dans un contexte où près de la moitié de la population a moins de trente ans, le départ apparaît à beaucoup comme la seule issue possible pour subvenir aux besoins de leurs proches.

L’itinéraire emprunté, qui passe désormais majoritairement par la Libye, expose les voyageurs à des dangers multiples bien avant la traversée maritime. Les témoignages font état de conditions de transport extrêmes dans le désert, de détentions arbitraires et de sévices dans des centres de rétention informels. La route méditerranéenne centrale demeure la plus périlleuse au monde.

Malgré les accords conclus entre l’Union européenne et les autorités égyptiennes pour tenter de réguler les flux, l’attrait pour l’émigration persiste. Pour les observateurs, toute politique de contrôle aux frontières reste vaine sans une amélioration tangible des conditions de vie dans les pays d’origine. L’émigration, qu’elle soit légale ou clandestine, est perçue comme un projet de vie, parfois au prix de risques délibérément acceptés.

Certains parviennent à atteindre leur destination. Installés en Europe, ils envoient des revenus qui transforment le quotidien de leur famille restée au pays, une perspective inimaginable s’ils étaient demeurés en Égypte. Ces réussites, bien que minoritaires, alimentent le récit collectif et entretiennent l’espoir, même après des drames maritimes qui ont coûté la vie à des centaines de personnes en une seule traversée. Pour ceux qui ont survécu à l’horreur du voyage, le jeu en vaudrait toujours la chandelle.

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