Économie
La Guyane face au défi d’une gestion forestière durable
La Cour des comptes souligne les lacunes d’une politique sylvicole fragmentée et sous-financée, alors que la demande locale en bois ne cesse de croître.
La forêt guyanaise, qui couvre 96 % du territoire, représente le plus vaste massif forestier ultramarin français. Pourtant, son exploitation peine à répondre aux besoins économiques et sociaux de la région, selon un rapport récent de la Cour des comptes. Les institutions en charge de sa gestion, principalement l’Office national des forêts (ONF) et le Parc amazonien de Guyane (PAG), souffrent d’un manque de coordination et de moyens, compromettant le développement d’une filière pourtant vitale pour l’économie locale.
Avec seulement 70 550 mètres cubes de bois exploités en 2023, l’activité reste marginale comparée au potentiel du territoire. Les professionnels déplorent des infrastructures insuffisantes et une accessibilité limitée aux ressources, concentrées le long du littoral. Pour accroître la production, il faudrait ouvrir entre 40 et 50 kilomètres de pistes forestières par an, un objectif loin d’être atteint en raison d’un financement inadapté. Les 1,7 million d’euros annuellement alloués sont bien en deçà des 2,7 millions nécessaires.
La demande en bois, notamment pour la construction, devrait pourtant doubler d’ici 2032, selon les projections. Face à cette pression, la Cour préconise d’accélérer l’exploitation des plantations existantes et d’étudier une augmentation des prélèvements, tout en garantissant une gestion durable. Les professionnels, engagés dans une charte encadrant les pratiques, plaident également pour une diversification des essences exploitées. Seule une vingtaine sont aujourd’hui certifiées pour le bâtiment, un processus long qui freine le développement du secteur.
Au-delà des enjeux économiques, le rapport insiste sur la nécessité de réduire la dépendance aux subventions publiques, qui représentent encore les deux tiers du budget de la filière. Cinq recommandations sont formulées pour repenser cette politique, afin de concilier préservation écologique, rentabilité et réponse aux besoins locaux. Un défi complexe, alors que la Guyane cherche à valoriser cette ressource stratégique sans compromettre son patrimoine forestier.
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