Société
La barrière génétique du clonage
_**Des travaux japonais démontrent pour la première fois l’impossibilité de reproduire à l’identique des mammifères sur un nombre infini de générations, révélant un processus d’accumulation de mutations délétères.**_
Des chercheurs ont établi expérimentalement l’existence d’une limite biologique au clonage reproductif chez les mammifères. Leurs travaux, menés sur plus de vingt ans, indiquent que la répétition successive de cette technique conduit inéluctablement à une dégradation génétique fatale pour les lignées animales. Cette découverte contredit l’hypothèse d’une duplication indéfinie et pose des questions fondamentales sur la pérennité des espèces clonées.
L’équipe scientifique a initié en 2005 un processus de clonages en série à partir d’une souris unique. En transplantant le noyau d’une cellule d’un individu dans un ovocyte énucléé, ils ont généré une première génération de clones, qui ont ensuite servi de donneurs pour la suivante, et ainsi de suite. Plus de trente mille tentatives ont permis la naissance de quelque mille deux cents rongeurs sur près de soixante générations.
Les résultats initiaux semblaient prometteurs, avec des taux de réussite atteignant ponctuellement quinze pour cent et des animaux apparemment identiques. Toutefois, un point de basculement est intervenu autour de la vingt-cinquième génération. Au-delà, les scientifiques ont observé une augmentation progressive des anomalies génétiques et une baisse drastique de la viabilité des nouveaux-nés. La survie est tombée à moins de un pour cent à la cinquante-septième génération, avant que la lignée ne s’éteigne complètement à la suivante.
Les analyses génomiques ont révélé que les clones accumulaient trois fois plus de mutations que des individus issus d’une reproduction sexuée. Certains présentaient également des anomalies placentaires ou des pertes de chromosomes. Ces altérations, invisibles à l’œil nu, se sont révélées incompatibles avec la survie à long terme.
Une observation notable a toutefois été faite. Lorsque des souris clonées de générations avancées se sont reproduites naturellement avec des mâles, elles ont donné naissance à une descendance en bonne santé, présentant un fardeau mutationnel réduit. Ce résultat souligne le rôle essentiel de la reproduction sexuée dans l’élimination des défauts génétiques et la préservation de l’intégrité des espèces. Il valide également, chez les mammifères, le principe théorique d’un « cliquet mutationnel » conduisant à l’extinction des lignées asexuées.
Ces conclusions remettent en perspective les espoirs placés dans le clonage reproductif pour la conservation d’espèces menacées ou la production animale de masse. Elles démontrent que cette technique ne peut constituer une solution pérenne en l’état. Les chercheurs explorent désormais des méthodes alternatives, comme l’utilisation de cellules collectées de manière non invasive, tout en reconnaissant que le défi posé par l’accumulation des mutations reste entier.
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