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Culture

György Kurtag, cent ans et un opéra pour ultime offrande

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_**À l’aube de son centenaire, le compositeur hongrois, figure essentielle et secrète de la musique contemporaine, présente une nouvelle œuvre lyrique, témoignage poignant d’une créativité intacte.**_

György Kurtag célèbre ce jeudi son centième anniversaire. Pour marquer cet événement, le musicien offre au public la création de son deuxième opéra, prévue à la fin du mois à Budapest. Cet artiste, reconnu pour son exigence et sa discrétion, continue ainsi de nourrir le paysage musical après des décennies d’une carrière jalonnée d’œuvres majeures.

Bien que se déplaçant désormais en fauteuil roulant, le compositeur conserve une vivacité d’esprit et une sensibilité remarquables. « Son audition a décliné, mais en contrepartie, sa perception du monde et de la musique s’est approfondie », observe Andras Keller, chef d’orchestre et directeur de Concerto Budapest, lors d’une répétition de *Die Stechardin*. Cet opéra en un acte relate l’idylle au XVIIIe siècle entre le philosophe Georg Christoph Lichtenberg et une marchande de fleurs, Maria Dorothea Stechard.

La disparition en 2019 de son épouse Marta, pianiste et interprète historique de son répertoire, avait suscité des inquiétudes quant à son élan créateur. Il a pourtant retrouvé le chemin de l’écriture, produisant des partitions de plus en plus ambitieuses, et a même repris l’enseignement. « À quatre-vingt-dix-neuf ans, il compose son deuxième opéra, une sorte de message adressé à Marta », confie Laszló Göz, directeur du Budapest Music Center où le compositeur réside aujourd’hui.

Né en Roumanie en 1926, György Kurtag a forgé un langage musical unique, caractérisé par une concision extrême et un attachement aux mélodies populaires. Après des études à Budapest, un séjour à Paris dans les années 1950 fut déterminant. De retour en Hongrie, il enseigne à l’Académie Franz-Liszt, formant toute une génération de musiciens renommés.

Héritier de l’esprit de Béla Bartók et proche de l’univers d’Anton Webern, il a élevé la miniature musicale au rang d’art majeur, notamment à travers sa série *Jatekok* pour piano. Son œuvre, profondément imprégnée de littérature, a gagné une reconnaissance internationale avec des pièces vocales et de musique de chambre d’une intensité rare.

« Sa musique rayonne, même dans ses moments les plus ténus et silencieux », souligne l’historien de la musique Gergely Fazeakas. « On le qualifie souvent de maître des formes miniatures. Beaucoup de ses pièces capturent en quelques minutes, parfois moins, un fragment d’éternité. »

Pour honorer le centenaire, Budapest organise une série d’événements — concerts, projections, créations — visant à dessiner le portrait d’un artiste dont l’œuvre exigeante et poétique a durablement marqué la création musicale européenne.

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