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Colère des lycéens, l’exécutif joue gros sur un fil

Un mouvement de jeunesse sans visage ni porte-voix agite les lycées depuis la mi-septembre. Entre écouter les jeunes et contenir les violences, le…

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Colère des lycéens, l'exécutif joue gros sur un fil

Un mouvement de jeunesse sans visage ni porte-voix agite les lycées depuis la mi-septembre. Entre écouter les jeunes et contenir les violences, le gouvernement avance à tâtons, sur fond de campagne présidentielle.

Depuis la mi-septembre, les blocages ont pris de l’ampleur. Ce qui ne concernait au départ que quelques établissements d’Île-de-France a gagné des universités, et les tensions ont dégénéré par endroits. Lundi, à Lens, dans le Pas-de-Calais, un lycéen a eu la main arrachée. Un mouvement protéiforme, sans mots d’ordre clairs ni figures identifiées pour le porter. Valérie Pécresse le résume à sa manière, parlant d’un « mouvement attrape-tout qui se nourrit d’une angoisse de l’avenir », face à une jeunesse dont on sait « qu’elle est fragile ».

Le Premier ministre s’est retrouvé pris en tenaille. Jeudi dernier, il présentait son projet de budget, jour où l’agitation dans les lycées a atteint son maximum. A-t-il mesuré ce qui se préparait ? Dans les rangs du bloc central, un cadre reconnaît un « flottement » et une appréhension « moyenne ». La question divise. Recevoir les organisations lycéennes reviendrait à « leur donner un label », selon cette même source, qui juge par ailleurs que le ministre de l’Education nationale Edouard Geffray n’est pas « le roi de la politique ». Maintenir l’ordre face à des mineurs reste pourtant l’exercice le plus périlleux. Un ancien préfet le décrit sans détour. Des « cagoulés » viennent pour casser, il faut alors faire intervenir la police, avec le risque de blesser un gamin qui n’a rien demandé.

La campagne présidentielle ajoute une couche. La semaine dernière, le chef du gouvernement a fustigé une « surenchère irresponsable » d’élus LFI réclamant l’extension des blocages. Réponse cinglante de Jean-Luc Mélenchon, qui l’a accusé d’avoir « ordonné la répression », avec « un arrière-goût raciste évident ». Chacun renvoie à l’autre l’image du pyromane. La droite et l’extrême droite pointent LFI, tandis que la CGT vise le gouvernement après l’annonce, dans le budget, de frais d’inscription en BTS et classes préparatoires. Une mesure presque aussitôt retirée.

Chaque mot pèse désormais. Un responsable du bloc central évoque des « gens qui essaient de dynamiter » le statut de potentiel finaliste de Jean-Luc Mélenchon, sans que Lecornu soit le seul à jouer ce jeu. Marine Le Pen, elle, « tire les marrons du feu » devant les images de désordre. Dans ce contexte, la moindre phrase est scrutée. Le maire LFI de Saint-Denis Bally Bagayoko l’a appris à ses dépens, pour avoir estimé que la violence « peut être légitime » tout en jugeant qu’elle devait être évitée. Le ministre de l’Enseignement supérieur Philippe Baptiste a lui aussi été rappelé à la prudence après avoir dit « craindre » un embrasement plus large. « Il ne faut pas essayer de dessiner un chaos qui n’est pas là », souffle une source au sein de l’exécutif.

Le ton est retombé d’un cran. Jean-Luc Mélenchon, qui avait appelé à « s’interposer », invite cette fois les manifestants à porter « un brassard blanc » lors du rassemblement de mardi. De son côté, le gouvernement met en avant la « déontologie » des forces de l’ordre et confie aux ministres cinq chantiers pour répondre aux attentes des lycéens. Lundi, le ministre chargé des Relations avec le parlement, Laurent Panifous, a plaidé pour commencer par écouter. « L’essentiel c’est le message porté par eux-mêmes », a-t-il estimé, rappelant que ces jeunes n’ont pas encore le droit de vote et disposent de peu d’« autres moyens de s’exprimer ».

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