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12.000 euros pour un contrat, puis 60 heures dans les vergers du Gard

Quinze saisonniers marocains ont réclamé justice à Nîmes contre leurs recruteurs et leurs employeurs. Ils racontent avoir payé pour travailler, puis avoir…

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12.000 euros pour un contrat, puis 60 heures dans les vergers du Gard

Quinze saisonniers marocains ont réclamé justice à Nîmes contre leurs recruteurs et leurs employeurs. Ils racontent avoir payé pour travailler, puis avoir perdu jusqu’à leurs papiers d’identité.

Le tribunal de Nîmes a examiné une affaire qui en dit long sur ce que certains travailleurs étrangers endurent dans les exploitations françaises. Quinze ouvriers agricoles marocains, venus trimer dans les vergers du Gard, se sont portés parties civiles pour réclamer la condamnation de ceux qui les ont recrutés et fait travailler. La procureure a estimé que trois des quatre prévenus pouvaient être poursuivis pour traite d’êtres humains. Elle a requis contre eux des peines d’un an à dix-huit mois de prison avec sursis, assorties d’amendes allant de 50.000 à 150.000 euros. Un second exploitant, jugé uniquement pour les conditions d’hébergement, encourt 1.000 euros d’amende. La décision a été mise en délibéré.

Leur histoire commence au Maroc. Abderrahim B. fait partie de ceux qui ont voulu témoigner à la barre. Pour décrocher un contrat de saisonnier, il a versé 12.000 euros en espèces à Hamid B., un autre Marocain, lui aussi passé par les champs de Saint-Gilles. La promesse était alléchante, avec 2.500 euros par mois une fois sur place. Les salaires réellement touchés n’ont jamais atteint ce niveau. Une fois arrivés, les ouvriers étaient dépouillés de leurs papiers d’identité. Leur logement, facturé 150 euros, se résumait à des chambres sans mobilier ni eau chaude. Certains n’avaient même pas de lit pour dormir.

Un inspecteur du travail, à l’origine de l’alerte, a décrit un système bien rodé. Des contrats vendus entre 8.000 et 15.000 euros à des Marocains, un secret que tout le milieu connaît. Derrière, des équipes envoyées travailler de nuit, sous l’orage, sans équipement adapté. Une vidéo l’a prouvé devant le tribunal. La procureure a listé les conditions subies, sans eau, sans toilettes, sans vestiaire, en plein champ, alors même que les ouvriers avaient payé pour être là. Elle a aussi évoqué les brimades, les insultes, les humiliations, jusqu’aux cris d’animaux lancés vers eux. Selon elle, cette emprise rappelle celle qui peut lier des conjoints. Et elle a rappelé que les condamnations pour traite d’êtres humains restent rares en France.

Le mécanisme a tenu au moins trois ans. Hamid B. recrutait les saisonniers, son épouse Nazia K., parfaitement bilingue, gérait l’administratif. En fin de mois, les heures supplémentaires n’étaient pas payées comme telles. Et pour revenir la saison suivante, il fallait repasser à la caisse. Hamid B., costume noir et français hésitant, a tout nié. Il se présente comme un simple ouvrier qui ne sait ni lire ni écrire. Les vidéos où il compte des liasses de billets ? Un piège des réseaux sociaux, selon lui. Celles où des employés creusent sa piscine le week-end pour éponger des dettes ? De la publicité montée par eux, assure-t-il.

Geoffrey M., arboriculteur produisant cerises, abricots, grenades et kakis, a lui aussi repoussé les accusations. Il affirme qu’Hamid B. lui fournissait des employés et jure qu’il ignorait leurs conditions de logement comme l’existence d’un paiement contre un contrat. Devant le tribunal, il a posé une question. Comment faire autrement, alors que le secteur peine à recruter ? La Confédération paysanne, partie civile, a dénoncé des violences systémiques contre les travailleurs étrangers et rappelé l’urgence de lutter contre cette exploitation. Ce genre de dossier revient régulièrement devant les tribunaux du Gard et du Vaucluse. Plus récemment, il s’est multiplié dans le vignoble bordelais.

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