Politique
À Birmingham, les Tories de Kemi Badenoch reprennent espoir
Réunis en congrès, les conservateurs britanniques se prennent à rêver d’un retour au pouvoir, portés par un léger rebond dans les sondages. Mais Reform UK…


Réunis en congrès, les conservateurs britanniques se prennent à rêver d’un retour au pouvoir, portés par un léger rebond dans les sondages. Mais Reform UK reste une menace sur leur droite et les experts invitent à la prudence.
Depuis l’ouverture du congrès, Birmingham vit au rythme du Parti conservateur britannique. Un an plus tôt, les observateurs se demandaient ouvertement si cette formation bicentenaire, celle de Winston Churchill et de Margaret Thatcher, allait se relever de sa défaite historique de 2024.
Le vent a pourtant tourné, un peu. La perte de vitesse de Reform UK, le parti anti-immigration de Nigel Farage, offre un répit aux Tories de Kemi Badenoch. À l’ouverture des travaux, la cheffe du parti l’a affirmé avec détermination. Quand elle disait vouloir renouveler le Parti conservateur, elle le pensait vraiment. Le pays, a-t-elle poursuivi, a besoin d’une famille politique qui sait ce qu’elle incarne, ce en quoi elle croit, et qui n’a pas peur de le défendre. Elle s’exprimera plus longuement lors de la clôture.
L’enjeu est de taille. Les Tories ont gouverné le Royaume-Uni dix-huit années d’affilée entre 1979 et 1997, puis quatorze ans de 2010 à 2024. En juillet 2024, la défaite a été brutale. La victoire du travailliste Keir Starmer leur a coûté plus des deux tiers de leurs députés.
Dans les allées du congrès, l’ambiance se veut pourtant enthousiaste. Ted Beauchamp, 22 ans, étudiant en sciences politiques, ne quitte pas des yeux la Tapisserie de Birmingham. Cette œuvre exposée au British Museum parodie la tapisserie de Bayeux, à ceci près qu’elle ne raconte pas la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant. Elle retrace l’ascension de Kemi Badenoch et s’amuse des déboires de ses rivaux. Pour ce jeune militant, le constat est clair. Pour la première fois depuis 2024, il regarde l’avenir avec espoir, persuadé que son camp peut reprendre le pouvoir avec une cheffe qui dit tout haut ce que tout le monde pense et qui passera aux actes.
Alice Butch, 46 ans, entrepreneuse, se dit séduite par les baisses d’impôts et la réforme des aides sociales. Elle évoque une vraie dynamique, ce qui n’était pas le cas un an plus tôt. Le chemin sera long, reconnaît-elle, mais il fallait en passer par là.
Les spécialistes, eux, tempèrent. Pour Tim Bale, politologue à l’université Queen Mary de Londres, les annonces de la mort du Parti conservateur semblent aujourd’hui prématurées. Si les Tories regagnent du terrain, nuance-t-il toutefois, c’est surtout parce que Reform recule. La formation de Nigel Farage est fragilisée par une enquête policière sur son financement et par une procédure visant son dirigeant pour un don non déclaré de cinq millions de livres. Reform nie toute irrégularité. Le parti subit aussi la concurrence de Restore Britain, une autre formation d’extrême droite.
Un sondage mené auprès de dix-sept mille Britanniques donne la photographie des rapports de force. Si des élections se tenaient aujourd’hui, les conservateurs arriveraient deuxièmes avec 130 sièges, contre 118 actuellement, derrière le Labour. Reform obtiendrait 123 sièges, un bond spectaculaire par rapport à ses huit élus, mais seulement la troisième place.
Pour le politologue David Jeffery, le parti demeure pourtant inaudible. À Birmingham, l’idée d’une alliance avec Reform divise. Philippa Connors, retraitée du sud-est de l’Angleterre, ne ferme pas la porte. Si cela peut aider son camp à revenir au pouvoir, alors pourquoi pas, lâche-t-elle, jugeant impératif de mettre un terme aux politiques qu’elle qualifie de mortifères du Labour. Ted Beauchamp, lui, balaie l’hypothèse. Reform, estime-t-il, n’a rien à offrir.
Kemi Badenoch a jusqu’ici écarté tout pacte électoral avec cette formation, plus radicale sur l’immigration et l’Europe, qui compte dans ses rangs les anciens ministres conservateurs Robert Jenrick et Suella Braverman. Un accord après le scrutin reste toutefois envisageable, glisse Tim Bale, si les partenaires disposent des voix nécessaires pour former un gouvernement minoritaire ou de coalition.
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