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Le miel français fond à vue d’œil, la faute aux vagues de chaleur

La récolte 2026 s’annonçait généreuse après un hiver doux et humide. Puis les fortes chaleurs de fin mai ont privé les abeilles de leurs grandes miellées…

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Le miel français fond à vue d'œil, la faute aux vagues de chaleur

La récolte 2026 s’annonçait généreuse après un hiver doux et humide. Puis les fortes chaleurs de fin mai ont privé les abeilles de leurs grandes miellées d’été et fait plonger la production nationale.

Tout avait pourtant bien commencé. L’hiver 2025-2026, doux et arrosé, a réveillé les colonies très tôt, parfois dès la mi-janvier, et la végétation s’est retrouvée dans d’excellentes conditions d’humidité. De quoi imaginer une saison faste, avec des abeilles d’attaque avant l’heure et des fleurs à profusion.

Le décor a changé fin mai. Les vagues de chaleur ont asséché les fleurs et grillé les ressources, au point que, dès le début du mois de juin, les butineuses n’ont plus pu travailler normalement. Pour les apiculteurs, cela se traduit par une expression imagée. Leurs abeilles ont été mises au chômage technique en pleine saison.

Les comptages le confirment. L’Union nationale de l’apiculture française, qui rassemble professionnels et amateurs, avance une fourchette de 18 000 à 20 000 tonnes pour cette année, loin des 23 000 à 25 000 tonnes de 2025, un niveau jamais vu depuis vingt ans. L’interprofession InterApi, elle, parle d’environ 33 700 tonnes, soit 5 000 de moins qu’en 2025, à partir d’un sondage mené auprès de 986 apiculteurs. Les deux évaluations ne se recoupent pas, mais le diagnostic reste identique. Un porte-parole du secteur résume la situation en une phrase. La météo est de plus en plus capricieuse et les récoltes se jouent chaque année à la loterie, avec des résultats en dents de scie.

Dans le détail, la campagne s’étale de mars, avec le romarin dans le Sud, jusqu’à novembre, avec l’arbousier en Corse, l’essentiel se jouant entre avril et juillet. Cette année, le miel de printemps, colza et toutes fleurs, a sauvé la saison de plusieurs professionnels. Le reste a déçu. La lavande, le sapin et la bruyère d’été sont restés confidentiels, et le tournesol, qui représentait plus de la moitié de la production jusque dans les années 1990, n’a quasiment rien donné. La répétition des accidents climatiques rend les prévisions impossibles et fragilise les abeilles.

Autre mauvaise nouvelle pour la filière, le frelon asiatique n’a pas dit son dernier mot. Ce prédateur d’insectes, friand d’abeilles domestiques, a lui aussi souffert de la chaleur, mais sa pression demeure importante dans la quasi-totalité des régions. Arrivé en 2004 dans le sud-ouest de la France, sans doute après l’importation de poteries chinoises, il s’est depuis installé dans tout le pays.

La France compte 2 000 apiculteurs qui ne vivent que de cette activité, environ 4 000 professionnels qui la cumulent avec un autre métier et 65 000 producteurs familiaux, qui offrent leurs pots à leurs proches et assurent 40 % de la production nationale. Cet éparpillement complique toute estimation précise. Une réalité demeure, quoi qu’il arrive. Le pays produit moins de miel qu’il n’en consomme, et se fournit notamment en Asie, en Ukraine, en Argentine ou en Turquie. Depuis juin, les mélanges vendus sur le territoire doivent afficher chaque pays de récolte, en application d’une directive européenne destinée à freiner l’arrivée de miels frelatés par l’ajout de sucres.

Cette dégringolade s’inscrit dans un mouvement plus long. La production française a été divisée entre le milieu des années 1990, au moment de l’arrivée des néonicotinoïdes, et le milieu des années 2010. Ces pesticides ont été interdits en France pour l’usage agricole en 2018. Les apiculteurs, eux, continuent de composer avec un climat qui décide, chaque été, de la couleur de leur saison.

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