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Douze ans après le drame, la justice française rattrape Swiftair

Le tribunal correctionnel de Paris a condamné la compagnie espagnole à 225.000 euros d’amende pour le crash du vol AH5017, qui n’avait laissé aucun…

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Douze ans après le drame, la justice française rattrape Swiftair

Le tribunal correctionnel de Paris a condamné la compagnie espagnole à 225.000 euros d’amende pour le crash du vol AH5017, qui n’avait laissé aucun survivant au Mali en 2014. Pour les familles des 116 victimes, tout ramène à la formation des pilotes.

Douze ans de procédure pour aboutir à une amende de 225.000 euros. Swiftair, la société madrilène propriétaire du McDonnell Douglas MD-83 qu’elle avait loué à Air Algérie avec son équipage, a été reconnue coupable d’homicides involontaires. La sanction correspond au montant maximal encouru par une entreprise, soit précisément ce que le parquet avait réclamé au terme de trois semaines de débats.

Les juges ont considéré que des négligences de la compagnie dans la formation et l’entraînement de ses pilotes avaient « contribué de façon certaine à l’accident ». L’accusation s’appuyait sur plusieurs expertises. Elles pointaient notamment un commandant de bord absent à une séance obligatoire de remise à niveau portant justement sur l’antigivrage, alors que lui et sa copilote travaillaient comme saisonniers et sortaient de plusieurs mois sans vol.

L’appareil assurait la liaison Ouagadougou-Alger. Dans la nuit du 24 juillet 2014, il traversait une zone intertropicale orageuse quand le système d’antigivrage n’a pas été activé. Des cristaux de glace se sont alors formés dans des capteurs de pression, provoquant la décélération automatique des moteurs. L’équipage n’a pas réagi de manière appropriée et l’avion a décroché, sans laisser le moindre survivant dans le nord du Mali. La boîte noire n’a jamais pu être exploitée. A bord se trouvaient 110 passagers, dont 54 Français et 23 Burkinabè, ainsi que des Libanais et des Algériens, et six membres d’équipage espagnols.

Du côté des proches, l’attente se compte en jours. « Ça fait 4.449 jours », souffle Sandrine Tricot, qui a perdu son mari dans la catastrophe. « Cette procédure vous attache au passé et à la brutalité du drame », ajoute-t-elle, les yeux embués, entourée d’un collectif de familles venues nombreuses pour le délibéré, en t-shirts floqués « 116 victimes ». Claude Floury, père de Katell, se dit à la fois « soulagé » et « mitigé ». Pour lui, une chose est sûre. « Si les pilotes avaient été formés correctement, nos proches seraient toujours en vie. » L’avocat de la grande majorité des victimes, Me Sébastien Busy, salue de son côté une responsabilité pénale enfin établie, alors que la société, selon lui, avait cherché à échapper à un procès en France.

Swiftair a regretté la décision du tribunal, sans dire si elle ferait appel. La compagnie maintient que sa responsabilité « ne devrait pas être retenue dans ce tragique accident », rappelant que la plus haute juridiction d’instruction espagnole avait prononcé un non-lieu en 2016. Elle assure que ses protocoles de sécurité et ses programmes de formation étaient conformes aux normes en vigueur. Ses avocats avaient plaidé qu’un crash n’équivaut pas automatiquement à une responsabilité pénale et qu’on ne saurait jamais ce qui s’est dit entre les membres de l’équipage. La magistrate du parquet, elle, avait jugé qu’il aurait été humain, pour l’entreprise, d’admettre des négligences avérées et leur lien avec l’accident.

Dans l’après-midi, les familles ont prévu de se retrouver devant la plaque mémorielle érigée en hommage aux victimes, dans les allées du parc de Bercy. Un rendez-vous pour celles et ceux qui, une décennie plus tard, continuent de réclamer la même chose, que la vérité soit dite sur les causes du drame et sur ceux qui auraient pu l’éviter.

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