Europe
Ils frappent Moscou sans que personne le sache
Des soldats ukrainiens racontent leur mission secrète. Leurs proches, leurs amis, même leurs parents ignorent ce qu’ils font. Ils pilotent des drones…


Des soldats ukrainiens racontent leur mission secrète. Leurs proches, leurs amis, même leurs parents ignorent ce qu’ils font. Ils pilotent des drones longue portée contre la Russie, mais vivent comme des gens ordinaires.
Le secret est total. Denys, un prénom qu’il n’a pas le droit de donner, participe aux frappes les plus lointaines depuis 2025. Pourtant, sa famille ne se doute de rien. La règle de son unité est implacable. Ne pas se faire remarquer. Ne jamais se vanter. Même après la guerre, il ne pourra pas parler de ce qu’il a fait. Ancien marine, il sert au Centre numéro 1 des forces de drones ukrainiennes. C’est cette unité qui a mené les attaques spectaculaires contre Moscou et Saint-Pétersbourg en juin dernier. Depuis des mois, Kiev a intensifié ces frappes. Elles visent raffineries, oléoducs et dépôts pétroliers en Russie, pour couper les revenus qui financent la guerre. Les incendies sont gigantesques. Mais l’impact réel sur la production russe reste difficile à mesurer.
La discrétion est une question de survie. Les téléphones sont toujours en mode avion. Les soldats utilisent des routeurs portables et des appareils cryptés fournis par l’unité. Pas question d’utiliser une carte bancaire ou une carte de fidélité. Les déplacements se font en civil. Chemise et jean, jamais d’uniforme. Dans la rue, pas un mot sur les missions. Les mots comme décollage ou aile sont interdits. Les noms, l’âge, les visages sont cachés. Impossible de les photographier ou de les filmer sans masque. Et pour certains, un détecteur de mensonges vérifie qu’ils n’ont pas parlé. Si une équipe est repérée, un drone russe peut frapper en quelques minutes. Cela a déjà coûté des blessés et des morts.
Ces hommes vivent une double vie. Voron, son nom de guerre, était peintre et entraîneur d’arts martiaux avant l’invasion. Sa femme soupçonne ce qu’il fait, mais ne pose pas de questions. Ses amis croient qu’il est toujours dans les forces spéciales. Sur les réseaux sociaux, il poste encore des photos avec ses anciens insignes pour entretenir le leurre. Tout est fait pour passer pour des gens ordinaires. Leur travail est une cible prioritaire pour l’ennemi. Mais ils continuent, jour après jour. Denys espère frapper le Kremlin un jour. Il rêve d’une défaite totale de la Russie. Pour lui, ces frappes longue portée sont comme la glace qui se fissure sous les pieds des Russes. Et ils font tout pour qu’elle cède.
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