Culture
En Colombie la présidentielle se joue entre continuité et fermeté
Le second tour de l’élection colombienne oppose un défenseur des droits humains à un avocat milliardaire soutenu par Donald Trump. Les électeurs devront…


Le second tour de l’élection colombienne oppose un défenseur des droits humains à un avocat milliardaire soutenu par Donald Trump. Les électeurs devront choisir entre maintien des réformes sociales et virage autoritaire contre la violence.
Dimanche, les Colombiens retournent aux urnes pour départager deux visions radicalement différentes de leur pays. D’un côté, Ivan Cepeda, sénateur de gauche et allié du président sortant Gustavo Petro, incarne la poursuite des politiques sociales qui ont réduit la pauvreté et le chômage dans un des pays les plus inégaux du continent. De l’autre, Abelardo de la Espriella, un homme d’affaires de 47 ans novice en politique, promet une ligne dure contre les groupes armés et le narcotrafic, avec le soutien affiché de Donald Trump. Ce duel est aussi un référendum sur le premier gouvernement de gauche de l’histoire colombienne, alors que la violence a explosé ces derniers mois.
Car la sécurité est au cœur du débat. Gustavo Petro quitte le pouvoir avec une popularité forte dans les classes populaires, mais son bilan est terni par une flambée de violences inédite depuis l’accord de paix de 2016. Des dirigeants communautaires assassinés, des attentats contre des civils, des attaques répétées contre l’armée et la police, jusqu’à l’assassinat d’un prétendant à la présidence. Les opposants accusent la politique de « paix totale » d’avoir favorisé l’expansion des organisations criminelles. Un militaire à la retraite de Bogota résume le sentiment général : il demande au prochain président de faire preuve de fermeté face à l’insécurité.
C’est exactement ce que promet Abelardo de la Espriella, qui se fait appeler « Le Tigre ». Cet avocat connu pour avoir défendu des paramilitaires et des narcotrafiquants prône la manière forte : des méga-prisons où les détenus seraient nourris de pain et d’eau, des bombardements des camps de trafiquants avec l’aide des États-Unis et d’Israël, et la suppression du tribunal issu de l’accord de paix avec les Farc. Il veut aussi réduire de 40 % l’appareil d’État, baisser les impôts et autoriser la fracturation hydraulique. Ses déclarations misogynes et homophobes lui valent des critiques, mais il séduit une partie de l’électorat en quête d’ordre.
En face, Ivan Cepeda, fils d’un homme politique communiste assassiné par des paramilitaires, a dû modérer son discours après le premier tour. Il se dit désormais prêt à revoir certains aspects de la négociation avec les groupes armés. Mais il reste le gardien des réformes sociales lancées par Petro, et il promet de ne pas transformer la Colombie en « colonie » des États-Unis, en réponse au soutien appuyé de Donald Trump à son rival. Un agriculteur du Putumayo s’inquiète des projets environnementaux de De la Espriella, qui menacent l’Amazonie.
Ce second tour cristallise une polarisation qui dépasse les frontières colombiennes. L’Amérique latine bascule à droite, et le résultat ici pourrait influencer les équilibres régionaux. Les relations avec Washington sont un autre enjeu majeur. Trump, qui s’est affronté à plusieurs reprises avec Petro, a choisi son camp. Mais pour les Colombiens, l’essentiel est ailleurs : dans la rue, dans les champs, ils attendent un président qui saura conjuguer sécurité et justice sociale. Le verdict tombera dimanche.
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