Culture
Le prêtre qui fait du rap pour sauver les jeunes de Kinshasa
Sur les scènes des quartiers défavorisés de Kinshasa, un prêtre en soutane se lance dans le rap pour ramener la jeunesse vers l’Église. Son nom…


Sur les scènes des quartiers défavorisés de Kinshasa, un prêtre en soutane se lance dans le rap pour ramener la jeunesse vers l’Église. Son nom Jean-Pierre Mongambi, alias l’abbé rappeur, est devenu viral.
Dans la cour de la paroisse Bienheureuse Anuarite, à Ngaliema, un prêtre de 47 ans enchaîne les couplets sur un beat endiablé. Casquette noire vissée sur la tête, le père Mongambi scande « Nayambi, nayambi » (Je crois, en lingala) devant une foule de jeunes qui sautent et filment avec leurs smartphones. Pour lui, le rap n’est pas un péché, c’est un outil pour faire passer la parole de Dieu. Il reprend des psaumes et des prières, et ses concerts sont largement partagés sur les réseaux sociaux. En 2023, il a même rappé devant le pape François, venu en visite en République démocratique du Congo.
Cette méthode répond à un vrai défi dans la capitale congolaise. De nombreux jeunes délaissent la messe dominicale. Ils préfèrent le football, les bars ou les paris en ligne. Pire, certains rejoignent les « kulunas », ces bandes armées qui sèment la terreur dans les quartiers pauvres. Le curé de la paroisse, Augustin Mfwankama, a découvert l’abbé rappeur sur internet et l’a invité dès 2023 pour un premier concert. « C’est une bonne méthode d’utiliser le rap plutôt que la bible à la main pour les attirer », explique-t-il. L’idée est simple : utiliser un langage que les jeunes comprennent et aiment pour les ramener à l’Église.
Les résultats se voient dans les visages. Chadrack Mayambi, 20 ans, a perdu sa mère il y a quatre mois. « Je me demandais ce que j’allais devenir mais quand j’ai écouté son rap, ça m’a donné envie de reprendre le chemin de l’Église », confie-t-il. Aujourd’hui, il enchaîne les petits boulots sur les chantiers, mais il a retrouvé espoir. Le père Mongambi lui-même est un enfant de Matongé, un quartier qui a vu naître les plus grands musiciens de Kinshasa. Inspiré par le hip-hop américain (Kris Kross, Dr Dre), il a été attiré vers la prêtrise après qu’un prêtre a réconcilié ses parents au bord de la rupture. Ordonné en 2011, il a composé son premier tube pour le cardinal Monsengwo, qui l’a soutenu et financé ses clips. Aujourd’hui, il continue de rapper pour convaincre une jeunesse minée par le chômage que la foi peut être moderne et vivante.
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