Nous rejoindre sur les réseaux

News

Le Pinot noir, un cépage immuable depuis six siècles

Article

le

La découverte d’un pépin médiéval révèle que ce cépage emblématique de Bourgogne est reproduit à l’identique depuis la fin du Moyen Âge, attestant d’une maîtrise ancienne des techniques de propagation clonale.

Un pépin de raisin, exhumé des latrines d’un hôpital du XVe siècle à Valenciennes, a livré un secret longtemps enfoui. Son analyse génétique démontre qu’il provient d’un plant de Pinot noir rigoureusement identique à ceux cultivés aujourd’hui. Cette découverte, publiée dans la revue *Nature Communications*, atteste que ce cépage prestigieux est reproduit de manière clonale depuis au moins six cents ans.

Les chercheurs ont séquencé le génome de ce vestige archéologique, ainsi que celui de cinquante-trois autres pépins datant de l’Âge du Bronze à l’époque médiévale. Les résultats confirment que la pratique du bouturage, permettant de multiplier une vigne à l’identique, était déjà comprise et maîtrisée très tôt dans l’histoire viticole française. Des indices de cette propagation clonale apparaissent dès l’Âge du Fer, entre les VIIe et Ve siècles avant notre ère.

Cette continuité génétique exceptionnelle soulève des questions sur les raisons ayant poussé les viticulteurs à préserver si fidèlement cette lignée à travers les siècles. Les scientifiques s’interrogent désormais sur ses qualités agronomiques potentielles, comme une résistance particulière aux maladies ou des caractéristiques gustatives remarquables. La prochaine étape consistera à croiser ces données génétiques avec les sources historiques décrivant les pratiques viticoles anciennes.

L’étude éclaire également la dynamique des échanges à grande échelle autour de la vigne. L’analyse ADN des pépins, notamment de l’époque romaine, révèle l’introduction en France de variétés domestiquées originaires de la péninsule Ibérique, des Balkans, du Caucase et du Moyen-Orient. Elle met aussi en lumière des hybridations entre des cépages cultivés importés et des vignes sauvages locales, particulièrement dans le nord du pays. Ces mélanges pourraient résulter d’adaptations volontaires visant à développer des plants mieux acclimatés.

Ces travaux confirment par la génétique l’introduction de la viticulture en France autour du VIe siècle avant notre ère, cohérente avec la fondation de Marseille par les Grecs. Ils démontrent surtout la pérennité remarquable d’un patrimoine végétal, soigneusement transmis par des générations de vignerons bien avant l’avènement de la science moderne.

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus