Économie
Le Guyana face au défi pétrolier : entre prospérité promise et réalités sociales
Alors que le pays connaît la croissance économique la plus rapide au monde, les inégalités persistent et interrogent la gestion future de la manne énergétique.
Le Guyana, petite nation sud-américaine devenue détentrice des plus importantes réserves pétrolières par habitant, s’apprête à définir son avenir économique lors des élections présidentielles. Cette transformation radicale, initiée depuis le début de l’exploitation pétrolière en 2019, place le pays devant un choix crucial concernant la répartition des richesses et le modèle de développement à adopter.
À Georgetown, la capitale, le contraste est saisissant entre les chantiers d’infrastructures modernes et la précarité qui persiste dans certains quartiers. Des familles entières résident encore dans des habitations dépourvues d’eau courante et d’électricité, survivant grâce à des générateurs solaires improvisés. Le récit de Shaun Ferrier, gardien nocturne percevant un salaire mensuel de 450 euros, illustre cette réalité paradoxale d’un pays affichant une croissance économique de 43,6% en 2024.
Le gouvernement actuel met en avant un fonds souverain alimenté par les revenus pétroliers et promet une diversification économique progressive. Le budget de l’État a quadruplé en cinq ans, permettant le financement de plus de cinq mille projets publics et l’augmentation des allocations sociales. Les autorités affirment vouloir éviter le syndrome hollandais, ce phénomène économique où l’abondance de ressources naturelles entraîne le déclin d’autres secteurs productifs.
Pourtant, des voix critiques s’élèvent pour questionner l’efficacité de cette redistribution. L’opposition politique et la société civile pointent une inflation sous-estimée officiellement et des investissements parfois inadaptés aux besoins réels de la population. La construction d’infrastructures sans personnel qualifié ni équipements adéquats symboliserait, selon eux, une gestion peu optimale des ressources nationales.
Le débat dépasse les clivages politiques traditionnels et engage l’avenir du pays pour les décennies à venir. Alors que la production pétrolière devrait dépasser le million de barils quotidiens d’ici 2030, la question centrale reste celle de la transformation de cette richesse extractive en développement humain durable et équitable pour l’ensemble de la population guyanaise.
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