Sète
Sète – Le système rejoue sa Commedia dell’arte sans honte
La politique sétoise comme on ne l’aime pas. Entre théâtre de boulevard, figurants serviles et dialogues écrits d’avance, la majorité municipale a rejoué hier une mauvaise pièce. Le public n’est pas dupe. Mais les acteurs, eux, en redemandent.
C’était la comédie à l’italienne, version sétoise. Un conseil municipal extraordinaire s’est tenu lundi 12 mai à 17h30 à la salle Tarbouriech, convoqué à la suite de la condamnation du maire sortant, pour désigner son successeur imposé. La scène, faiblement éclairée, donnait à voir un théâtre où chacun tenait son rôle avec la ferveur d’un élève de CM2 récitant Molière. La mission du jour était simple, faire élire Hervé Marquès, candidat du pouvoir condamné. Un maire par délégation, dans une mise en scène désormais bien rodée.
Dès l’ouverture du rideau, le ton était donné. Faux sourires, fausses embrassades, faux discours. Le décor était planté. Il ne manquait que la musique dramatique en fond sonore pour accompagner cette cérémonie où même les figurants savaient que tout était joué d’avance. La démocratie ne s’exprimait plus comme un exercice sincère, mais comme un jeu dans lequel chacun s’était volontiers engagé. Et pourtant, tous se drapaient dans les grands mots de la République, comme si répéter les formules suffisait à les incarner.
Certains acteurs pourtant étaient absents. Des premiers rôles en retrait ou en silence. Romain Ferrara, François Hernandez, Gérard Naudin, et bien sûr l’élu démissionnaire Hervé Merz, effacé du scénario sans avertissement. Leurs pouvoirs de vote avaient été délégués à d’autres, comme on envoie un assistant signer à la place du metteur en scène.
Dans la salle, les habitués étaient là. Des fidèles de cette vieille industrie politique locale, parfaitement rodée. Certains anciens élus, reconvertis dans des associations locales, ont applaudi un choix auquel ils ne croient pas eux-mêmes, mais qui garantit le maintien de leurs liens au pouvoir, à leurs financements, à leur confort. Ils n’apprécient pas la pièce mais tiennent trop à leur avantage pour critiquer la programmation.
Le spectacle a commencé. Peu d’acteurs ont connu une belle carrière professionnelle en dehors du théâtre politique, et dans leurs rangs, une seule attente subsistait sans ambiguïté. C’était la seule incertitude de la soirée, celle de savoir qui allait toucher l’indemnité. Les mille deux cents euros mensuels pour un poste d’adjoint, les six cents pour une place de conseiller. Les élèves les plus disciplinés, comme Laurence Magne, seront récompensés dès ce soir au conseil communautaire, avec d’autres délégations et des postes d’administrateurs dans des sociétés publiques opaques, pour faire grimper à six mille euros par mois le montant de leurs indemnités. La fidélité au réalisateur s’achète bien.
En coulisses, les co-réalisateurs François Commeinhes et Jean-Claude Dugrip n’étaient jamais bien loin. Ils connaissent leurs acteurs, peu expérimentés en dehors du plateau, peu libres aussi. Ils tiennent la troupe avec quelques promesses, l’illusion d’une reconnaissance, et quelques apparitions finales. Personne ne souhaite quitter l’affiche.
Le moment central est arrivé. Hervé Marquès a été élu avec la totalité des voix de la majorité. Rideau sur une semaine de chaos. L’unanimité brandie comme démonstration de cohésion. Un argument prêt à l’emploi pour nourrir la propagande à venir. L’humiliation publique de Blandine Authié quelques jours plus tôt, le silence glacial de Gyslaine Gizardin tout au long de la semaine, le discours brutal de François Escarguel contre ce système lors de la réunion de crise de samedi, tout cela a été effacé du montage. Les figurants dans la salle ont applaudi. Chacun a bien tenu son rôle.
Hervé Marquès, désormais maire, a pris place. Les premières questions de l’opposition sont tombées. Il a joué lui aussi, dans un ton plus sobre que d’habitude, moins agressif, plus prudent. Hésitant même. Il a rapidement transmis les réponses à ses adjoints, plus habitués aux jeux de scène. Une première prestation sans éclat, mais sans faute.
Le conseil terminé, les acteurs ont rejoint les coulisses. Un bar du centre-ville les a accueillis. Verre à la main, ils ont retrouvé les co-réalisateurs pour fêter la fin de ce sinistre spectacle. François Commeinhes les attendait tranquillement. Le système avait tenu. Une fois encore.
Mais dehors, les premiers murmures se font entendre. La ville de Sète a assisté à un spectacle pathétique, indigne de ce qu’elle mérite. Les organisateurs pensent que les électeurs oublieront, que la colère passera, que le confort des habitudes l’emportera sur la conscience citoyenne. Ils se rassurent en croyant que les sétois préfèrent leur tranquillité à toute remise en cause du système.
Mais cette fois, peut-être que le scénario leur échappera. À force de prendre les citoyens pour des figurants, on finit toujours par se retrouver seul sur scène. Et ce jour-là, même les applaudissements enregistrés ne suffiront plus à sauver la pièce.
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reilles jean claude
13 mai 2025 at 16 h 55 min
oui c’était théâtral, des bises en veut tu en voila, retrouvaille au bar de l’adjoint sabatier en présence de commeinhes le chef d’orchestre. 1200.00e par mois on s’accroche. le maire va t’il prendre les frais de bouche ?.
VHS
13 mai 2025 at 17 h 01 min
Excellent merci !!
Lucas
13 mai 2025 at 17 h 08 min
Bravo…
Tou et bien dit ses exactement sa…
Malikk
13 mai 2025 at 18 h 06 min
Masterclass sur masterclass. Heureusement que vous êtes là. Merci
TOUFOULECAM
13 mai 2025 at 19 h 56 min
La nasse s’est refermée, les crabes sont rentrés dans le rang, le doigt sur la couture.
Et Commeinhes paye la tournée, Marqués passera la note en frais de bouche.
Tout peut continuer, circulez il n’y a rien à voir.
Viviane lafont
13 mai 2025 at 23 h 14 min
Excellent article ça fait du bien merci
PecheMignon
14 mai 2025 at 8 h 53 min
Plus qu’excellent cet article. Félicitations. Sétois réveillez vous mais il est vrai qu’au Cap nous avons l’identique, la même piècede théâtre s’y est déroulée. Espérons que 2026 fera bouger les choses à Sète comme au Cap.
Cosmoc
14 mai 2025 at 14 h 06 min
« les mouches changent mais la m…. Reste la même »
Proverbe
Dodu
14 mai 2025 at 14 h 23 min
Rien à ajouter c’était parfait 👏👏👏
Toutou
14 mai 2025 at 17 h 16 min
Article qui dit tout sur cette parodie. J’aurais aimé voir les conseillers municipaux agir avec de la sincérité et refuser l’élection de Marqués.
Robert
15 mai 2025 at 4 h 12 min
Bien.vu..la même chose dans tts les communes trop d avantages financiers pour les uns et les autres…pour changer le système