Europe
Macron encaisse les revers et Trump rebat les cartes sur l’Ukraine
Le président français misait sur un rapprochement avec Washington pour soutenir Kiev. Le revirement américain sur le diesel russe, ajouté à une pile de…


Le président français misait sur un rapprochement avec Washington pour soutenir Kiev. Le revirement américain sur le diesel russe, ajouté à une pile de crises intérieures, fragilise ses derniers mois à l’Élysée.
À Bruxelles, où il a retrouvé Volodymyr Zelensky en marge d’un sommet européen, Emmanuel Macron a exhorté les Européens à donner à l’Ukraine tous les moyens de se défendre. Un ton ferme, mais qui évite soigneusement de s’en prendre de front à Donald Trump. Le chef de l’État avait pourtant vendu comme une réussite le sommet du G7 tenu à Evian en juin, où Américains et Européens semblaient avoir retrouvé un front commun autour de Kiev. Il y voyait un changement très profond, fruit d’un long travail mené depuis la claque encaissée dans le Bureau ovale début 2024.
Cette embellie n’aura pas tenu longtemps. Depuis quelques jours, l’équilibre patiemment construit vacille. Volodymyr Zelensky a reconnu s’être senti trahi après l’accord surprise scellé entre Washington et Moscou pour un achat massif de diesel russe, un geste qui contredit plus de quatre ans de sanctions. Voilà qui refroidit le rapprochement bâti à Paris, où l’on espérait convaincre Donald Trump que le perdant de cette guerre n’était pas l’Ukrainien mais bien Vladimir Poutine.
Les spécialistes n’y voient guère de quoi se réjouir. Toute accalmie avec le président américain ne dure que quelques semaines ou quelques mois, avant un retour à des positions favorables aux intérêts russes, résume une chercheuse d’un influent cercle de réflexion américain. Malgré leurs efforts constants, les dirigeants européens ne peuvent guère faire plus que résister. Et certains, en France comme en Allemagne, ont de moins en moins de marges pour contrer sans relâche les initiatives américaines, absorbés par leurs propres difficultés internes.
Côté français, la stratégie tient donc à faire le dos rond. Le chef de la diplomatie Jean-Noël Barrot a rappelé que l’Europe assumait depuis longtemps l’essentiel du soutien à Kiev et de la pression sur Moscou. Avec Donald Trump, il y a des hauts et des bas, minimise-t-on dans l’entourage du président, en plaidant pour une ligne tenue dans le calme et la constance. Une forme d’attentisme, le temps que passent les élections de mi-mandat américaines. Vu de Paris, ce scrutin périlleux pour le camp du président américain pourrait expliquer ses dernières décisions, dictées par l’envie de faire refluer le prix du gazole et le mécontentement des électeurs. Une défaite au Congrès limiterait aussi sa marge de manœuvre.
Le conflit avec l’Iran pèse lui aussi sur les prix à la pompe, et donc sur l’exécutif français. Emmanuel Macron a obtenu du G7 la libération d’une partie des stocks stratégiques de pétrole pour tenter de calmer les cours, une avancée saluée par Washington. Mais l’envoi de moyens militaires en Arabie saoudite, destinés à protéger un site pétrolier des attaques des rebelles yéménites, montre vite ses limites face à l’ampleur prise par la situation. Cette posture reste pertinente pour apparaître comme une puissance crédible au Moyen-Orient, note une analyste, même si plus l’escalade monte, plus le risque grandit d’être happé par le conflit.
S’ajoute à ce tableau le report des élections législatives palestiniennes, pourtant présentées comme un engagement clé arraché lorsqu’il a reconnu l’État de Palestine. Une figure macroniste en tire un constat amer, sa capacité à peser sur la scène internationale s’étiole peu à peu et la fin s’annonce compliquée. Sur le terrain européen, le président s’est félicité d’un accord avec l’Allemagne pour assurer l’avenir du secteur automobile. Mais le vrai test reste sa capacité à décrocher un budget de l’Union ambitieux avant la présidentielle. Au sommet de Bruxelles, le bras de fer franco-allemand a tenu ses promesses et les négociations sont restées bloquées.
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