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Économie

L’OMC tente une renaissance à Yaoundé face aux fractures du commerce mondial

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_**L’organisation multilatérale entame une réunion cruciale au Cameroun, alors que les tensions géopolitiques et le retour du protectionnisme menacent les fondements du système établi après-guerre.**_

Les ministres du Commerce du monde entier se sont rassemblés ce jeudi à Yaoundé pour une conférence de l’Organisation mondiale du commerce. Cette rencontre, la première du genre en Afrique depuis près d’une décennie, se tient dans un climat de défiance généralisée envers l’institution. Les divisions géopolitiques, la paralysie de son organe de règlement des différends et la résurgence de politiques commerciales unilatérales placent l’organisation à un carrefour existentiel.

La directrice générale de l’OMC a ouvert les débats en dressant un constat sévère, évoquant les perturbations les plus graves du commerce international depuis huit décennies. Elle a lié ces difficultés à l’érosion plus large de l’ordre multilatéral conçu au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Un appel a été lancé pour que cette session marque un nouveau départ, en réponse à ce qui est perçu comme un échec collectif à moderniser les règles face aux réalités économiques contemporaines.

L’urgence d’une réforme en profondeur constitue le principal point à l’agenda. De nombreux membres, dont l’Union européenne et le Royaume-Uni, estiment que l’institution vit un moment décisif. Ils réclament une refonte de son fonctionnement pour qu’elle puisse traiter efficacement des questions de surcapacités industrielles, de distorsions de concurrence et de la porosité croissante entre commerce et sécurité nationale. Le principe de décision par consensus, jugé paralysant, est particulièrement dans le collimateur.

Le retour aux affaires de l’ancien président américain Donald Trump ajoute une pression supplémentaire. Son administration a réaffirmé sa préférence pour des accords bilatéraux fondés sur la réciprocité et a explicitement conditionné la pertinence future de l’OMC à son adaptation. Washington demande notamment une révision du principe cardinal de la nation la plus favorisée, qui garantit un traitement égal à tous les partenaires. Cette position rencontre la ferme opposition de la Chine et de plusieurs économies émergentes, attachées à ce pilier fondateur.

Les perspectives de progrès substantiels à Yaoundé restent modestes. Les négociations préparatoires ont mis en lumière des divergences profondes, notamment avec l’Inde, sur la feuille de route de la réforme. Les délégations tenteront néanmoins de trouver un terrain d’entente sur des dossiers plus techniques, comme la reconduction du moratoire sur les droits de douane applicables aux transactions électroniques. L’incorporation d’un accord plurilatéral sur la facilitation des investissements, soutenu par une large majorité de membres mais bloqué par New Delhi, figurera également parmi les objectifs.

Cette conférence ministérielle se présente ainsi comme un test de résilience pour le système commercial multilatéral. Elle devra démontrer sa capacité à évoluer dans un environnement international fragmenté, où la défense des intérêts nationaux immédiats prend souvent le pas sur la recherche de compromis collectifs.

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