Europe
L’Italie gronde et rêve d’une révolte à la française
Essence hors de prix, salaires à l’arrêt, écoles occupées. De Turin à la Sicile, les mobilisations se multiplient et certains manifestants regardent déjà…


Essence hors de prix, salaires à l’arrêt, écoles occupées. De Turin à la Sicile, les mobilisations se multiplient et certains manifestants regardent déjà de l’autre côté des Alpes.
L’automne sera chaud dans la péninsule. Enseignants en grève, lycéens qui occupent leurs établissements, agriculteurs et transporteurs qui barrent les routes, rassemblements pour le climat. Les fronts se multiplient, portés par une même frustration, un coût de la vie devenu intenable. À Turin, une dizaine de lycées sont déjà occupés et une banderole clame en français « Le monde est à nous », comme un clin d’œil aux mouvements qui secouent la France. Le programme des prochains jours confirme la tendance, avec un grand rassemblement prévu samedi 17 octobre à Rome autour du coût de la vie et un appel à la grève générale lancé pour le 30 octobre par le syndicat minoritaire USB.
Les chiffres donnent le vertige. Une fois l’inflation déduite, les salaires réels italiens ont reculé de 6,6% entre 1990 et 2026, un cas à part sur le continent. La pandémie n’a rien arrangé, le pays ayant mis plus de temps que la plupart des grandes économies européennes à s’en remettre. Et la hausse des prix a repris de la vigueur en septembre, à 4,2% sur un an, poussée par les carburants. Le litre d’essence reste sous les deux euros, mais au prix d’un effort public coûteux, entre suspensions de taxes et recours à des réserves de pétrole. Giorgia Meloni peut vanter la solidité de ses comptes et sa longévité au pouvoir, la croissance et les salaires, eux, ne suivent pas.
À quelques mois des législatives prévues au printemps 2027, le pouvoir d’achat s’impose comme le thème brûlant. Le secrétaire général de la CGIL, Christian Ferrari, parle d’une crise économique et sociale dramatique et d’un coût de la vie insoutenable, avec un appareil productif qui perd des morceaux chaque jour. Son ambition affichée, remettre les conditions matérielles de vie et de travail des Italiens au centre de la campagne à venir.
Dans les villes, la contestation se plante aussi en plein centre. À Milan, une dizaine de tentes occupent les pelouses du quartier d’affaires de Porta Nuova, coincées entre la tour de la banque Unicredit et le siège de la région Lombardie. Rome et Bologne ont vu des installations similaires. Pour Riccardo, 22 ans, membre du syndicat étudiant UDU, il manque encore un grand mouvement d’automne contre la vie chère, pour le droit au logement et aux études, contre la précarité. Il l’admet volontiers, l’Italie ne met pas le pays sens dessus dessous comme la France, ni ne bloque toutes les routes comme l’Espagne. Mais l’objectif reste le même, remettre ces sujets sur la table, au moins pour le dernier budget de ce gouvernement.
Pour l’économiste Veronica De Romanis, professeure à l’université Luiss de Rome, la rue se remplit sous l’effet d’une peur de l’avenir, nourrie par la géopolitique et l’économie. Les jeunes sont les plus frustrés, explique-t-elle, car en Italie les salaires progressent selon l’ancienneté plutôt que le mérite, ce qui en pousse certains à partir à l’étranger. L’Italie ne connaît pas encore l’embrasement français, analyse-t-elle, parce qu’elle fonctionne comme une république de tribus, avec des protections familiales bien plus solides. Ces amortisseurs sociaux tiennent encore, mais ils résistent de moins en moins.
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