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Les avocats parisiens en grève du zèle contre la réforme criminelle

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Le barreau de Paris a choisi une forme de protestation inédite ce vendredi, transformant les audiences de comparution immédiate en tribune contre le projet de loi porté par le ministre de la Justice.

Dans l’enceinte surchargée de la 23ᵉ chambre correctionnelle de Paris, la plaidoirie a dévié de son cours habituel. Devant des prévenus interloqués, des avocats ont saisi la barre pour exprimer le rejet catégorique de leur profession face au texte gouvernemental sur la justice criminelle. Ce projet, présenté comme un moyen de désengorger les tribunaux, instaure notamment la possibilité de plaider coupable pour les crimes, sur le modèle existant pour les délits. Une mesure perçue par de nombreux défenseurs comme le signe d’une justice accélérée et à plusieurs vitesses, susceptible de conduire à des aveux contraints.

La représentante du Conseil de l’ordre, Sophie Sarre, a ouvert le ban en soulignant que les dysfonctionnements de l’institution judiciaire ne se résoudraient pas par ce dispositif. Selon elle, c’est en amont, par un meilleur accueil des victimes et une réduction des délais d’enquête, que l’on pourrait apaiser les souffrances liées aux procédures. Cette intervention, inhabituelle en plein déroulement d’audiences consacrées à la petite délinquance, a donné le ton d’une journée de mobilisation nationale annoncée pour le 13 avril, date d’examen du texte au Sénat.

À Paris, la stratégie adoptée a pris la forme d’une défense massive, avec la présence systématique de plusieurs avocats par dossier, perturbant le rythme ordinaire des comparutions. L’un d’eux, Hector Bernardini, a déploré les conditions dans lesquelles se rend souvent la justice en ces audiences, évoquant des décisions lourdes de conséquences prises en quelques minutes. Le port de badges « Avocats en grève » sur la robe est venu matérialiser le mouvement.

L’avocat Seydi Ba a, quant à lui, fustigé un projet dont « la scélératesse n’a d’égal que l’ambition de celui qui les porte ». Défendant un individu en grande fragilité psychique, il a dénoncé l’état des prisons françaises, la surpopulation carcérale et le recours systématique à l’enfermement pour les plus vulnérables. Ces critiques rejoignent un constat plus large sur les conditions de détention, qui ont valu à la France des condamnations internationales.

Les magistrats, de leur côté, observent cette fronde avec inquiétude. La conférence nationale des premiers présidents de cour d’appel a fait part de ses craintes quant aux conséquences pratiques d’un tel mouvement, susceptible selon elle d’aggraver l’engorgement des tribunaux et de nuire in fine aux justiciables. Une mise en garde à laquelle a répondu Me Sarre, prévenant que sans la présence active des avocats, la justice risquait de se réduire à une simple administration des dossiers.

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