Monde
Le Pakistan verrouille le fief d’Imran Khan et arrête des centaines de partisans
L’état d’urgence imposé dans la province de Khyber Pakhtunkhwa a été suivi de l’arrestation de 278 membres du parti d’Imran Khan. À Peshawar, les rues…


L’état d’urgence imposé dans la province de Khyber Pakhtunkhwa a été suivi de l’arrestation de 278 membres du parti d’Imran Khan. À Peshawar, les rues restent barrées, les écoles fermées, et la mobilisation perd de sa force.
Sept jours de rassemblements pour réclamer la libération d’Imran Khan. Puis la riposte. Les autorités pakistanaises ont dissous l’exécutif provincial de Khyber Pakhtunkhwa, bastion du Pakistan Tehreek-e-Insaf, le parti de l’ancien Premier ministre aujourd’hui emprisonné. La raison invoquée est une dégradation de la sécurité dans cette province frontalière. Deux articles de la Constitution pakistanaise suffisent à conférer au pouvoir fédéral de très larges prérogatives administratives.
Dans la capitale provinciale, le décor parle de lui-même. Des dizaines de policiers en tenue antiémeute montent la garde devant la porte de Hashtnagri, l’une des entrées historiques du quartier fortifié de Peshawar. Des conteneurs maritimes et des barbelés bloquent toujours la circulation vers la zone administrative municipale. Les établissements scolaires, eux, n’ont pas rouvert. « Les gens sont confrontés à des difficultés à cause de ce régime de style colonial », témoigne Saeed Khan, un chauffeur. Il énumère les conséquences du blocus. Les enfants ne peuvent plus aller en classe, les routes sont coupées, les commerces souffrent.
Les arrestations, elles, se sont poursuivies à un rythme soutenu. Selon deux responsables de la police, 278 membres du PTI ont été interpellés dans différentes zones de la province. À Bara, localité du district occidental de Khyber, les forces de l’ordre ont tiré en l’air pour disperser quelques dizaines de manifestants et cinq personnes ont été arrêtées. À Peshawar, une trentaine de partisans ont brièvement scandé des slogans réclamant la libération d’Imran Khan avant d’être repoussés, puis de revenir peu après, dans un jeu du chat et de la souris. À Mardan, plus au nord-est, un camion qui servait de point de ralliement a été dépouillé des portraits de l’ancien Premier ministre.
La mesure la plus lourde concerne la tête de l’exécutif local. Junaid Akbar, dirigeant du PTI, a annoncé sur le réseau social X l’arrestation de Sohail Afridi, chef du gouvernement provincial, après l’entrée en vigueur de l’état d’urgence. Un responsable administratif, s’exprimant sous couvert d’anonymat, évoque une « garde à vue protectrice » dans sa résidence officielle, avant un transfert vers un lieu non communiqué. Le gouvernement provincial restera « non opérationnel » tant que la sécurité ne sera pas rétablie. Les autorités fédérales reprochent à l’administration locale du PTI de ne pas avoir su contenir ses partisans. Le parti, lui, dénonce une décision antidémocratique et une tentative de mainmise sur le pouvoir local.
Derrière les barricades, il y a aussi une trajectoire personnelle. Ancienne gloire du cricket, Imran Khan, 73 ans, est incarcéré depuis août 2023. Les accusations s’empilent, de la corruption à la trahison, en passant par l’incitation à la violence après les émeutes antigouvernementales de mai 2023. Il rejette l’ensemble de ces griefs et affirme être visé à cause de sa popularité. Ces derniers mois, la colère de ses soutiens s’est renforcée autour d’une demande précise, un meilleur accès aux soins médicaux et à sa famille. Les rassemblements appelés après l’état d’urgence ont attiré bien moins de monde que les jours précédents.
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