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Des dizaines de milliers d’Indiens dans la rue pour faire tomber le patron des élections

À New Delhi, une foule immense a réclamé le départ de Gyanesh Kumar, accusé de rouler pour le pouvoir en place. Emmenée par Rahul Gandhi, la mobilisation…

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Des dizaines de milliers d'Indiens dans la rue pour faire tomber le patron des élections

À New Delhi, une foule immense a réclamé le départ de Gyanesh Kumar, accusé de rouler pour le pouvoir en place. Emmenée par Rahul Gandhi, la mobilisation a rallié les portes de la Cour suprême.

Ils étaient des dizaines de milliers à déferler dans les rues de la capitale indienne, brandissant les trois couleurs du drapeau national et hurlant leur ras-le-bol. Au centre de leur colère, Gyanesh Kumar, le chef de la commission électorale, sommé de quitter son poste. Beaucoup le voient comme un homme à la botte du gouvernement. « Nous sommes les lions courageux de Rahul Gandhi, et un lion ne bat pas en retraite », confie Inzimam, au cœur du cortège, qui a préféré garder l’anonymat. « Tant qu’il sera là, nous ne céderons pas. »

Rahul Gandhi, chef de l’opposition parlementaire et figure du parti du Congrès, avait appelé ses partisans à converger vers la plus haute juridiction du pays, après une vague d’arrestations massives dans la capitale. On l’a vu avancer à pied, puis grimper sur le toit d’un bus, porté par une foule qui conspue la révision électorale dite « spéciale », engagée selon elle par M. Kumar avec la bénédiction du Premier ministre Narendra Modi. Les slogans pleuvent, les calicots se déploient. Sur l’un d’eux, les visages de ce que les manifestants désignent comme les « trois traîtres » de l’Inde, Kumar, Modi et le puissant ministre de l’Intérieur Amit Shah.

L’opposition et le mouvement dit « des cafards », né en ligne et devenu le porte-voix d’une jeunesse en colère, dénoncent depuis des semaines une révision des listes électorales qui a rayé 130 millions d’inscrits. Officiellement, l’opération devait éliminer les doublons, les personnes décédées et les fraudeurs. Mais beaucoup y voient une machine à exclure les minorités, à commencer par les musulmans, au profit du parti de Narendra Modi. De quoi jeter le doute sur ses récentes victoires aux élections locales. La commission et son président ont démenti toute irrégularité.

Au-delà de cette seule réforme, c’est toute la politique du gouvernement ultranationaliste hindou qui est visée, accusé de dérive autoritaire depuis l’arrivée de Modi au pouvoir en 2014. « Ils ont pris le contrôle des quatre piliers de la démocratie », s’insurge Sonal, qui a requis l’anonymat par crainte de représailles, citant l’exécutif, le Parlement, la justice et les médias. « Ils ont tout verrouillé. Alors nous sommes descendus pour défendre nos droits, nos voix, celle du peuple. »

Sur la route menant au siège de la plus haute juridiction, la foule a gonflé à vue d’œil. Aux fenêtres des immeubles, des curieux se penchent. Certains grimpent aux arbres pour jauger le cortège. « C’est plus grand que tout », s’enthousiasme Anjali, 21 ans. « Se battre pour sauver ce pays, c’est le devoir de chaque citoyen, protester jusqu’à ce que Gyanesh s’en aille. » Le long du parcours, les policiers sont déployés en nombre, mais cette fois sans charger, là où les forces de l’ordre avaient jusqu’ici embarqué tout ce qui ressemblait à un contestataire. À l’approche de la barricade qui ferme l’accès à la Cour suprême, Rahul Gandhi s’arrête, Constitution à la main. Il n’ira pas plus loin. Ses avocats, eux, ont déjà déposé sa requête en annulation de la révision électorale.

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