Politique
Ingérences étrangères, trois candidats face au même piège
Trois poids lourds de la politique française ont été visés par des opérations attribuées à des réseaux prorusses, avec un retentissement minuscule. Leur…


Trois poids lourds de la politique française ont été visés par des opérations attribuées à des réseaux prorusses, avec un retentissement minuscule. Leur façon d’y répondre en dit long sur la campagne qui s’ouvre.
Trois figures de la vie politique tricolore ont reçu le même genre de visite. Raphaël Glucksmann, Gabriel Attal et Edouard Philippe ont tous été la cible, ces derniers mois, de faux contenus portant sur leur santé ou leur vie privée. Des publications attribuées à des réseaux prorusses, diffusées à un niveau de bruit très bas, avec une répercussion presque nulle. Le phénomène n’a pourtant rien d’anecdotique, et la manière dont chacun l’a accueilli raconte déjà beaucoup de la bataille qui se prépare, à quelques mois du premier tour de la présidentielle.
Trois réactions, trois philosophies. Edouard Philippe a choisi le silence, refusant d’offrir une caisse de résonance à des contenus que presque personne n’avait vus. Raphaël Glucksmann, attaqué pour son soutien appuyé à l’Ukraine, a pris la plume pour dénoncer une opération de déstabilisation, prévenant qu’il ne s’agissait là que d’un avant-goût de ce qui allait suivre. Gabriel Attal est allé bien plus loin que les deux autres. Le patron de Renaissance a empilé les publications et les interviews, agitant le risque d’une élection faussée, volée aux Français. Son entourage assume le choix. Mieux vaut alerter le public dès les premières tentatives, explique-t-on, car si l’on attend des opérations d’ampleur touchant des millions de personnes, il sera déjà trop tard. Depuis, Glucksmann et Attal ont de nouveau été visés, cette fois à travers leurs équipes. Ces tentatives, jugées pas forcément significatives, n’ont pas été relayées, pour ne pas leur faire de publicité.
Le reste du paysage politique ne partage pas la même lecture. La France insoumise a proposé au Premier ministre Sébastien Lecornu la création d’une instance consacrée à la surveillance de la campagne, composée de représentants des candidats. Le mouvement rappelle au passage que la Russie n’est pas la seule menace, certains de ses candidats aux municipales ayant déjà été ciblés par une opération israélienne, avec un impact faible là encore. Le Rassemblement national, régulièrement accusé de complaisance envers le Kremlin, relativise. Son député Jean-Philippe Tanguy soutenait encore que ces tentatives n’avaient aucune influence électorale, renvoyant plutôt du côté des ingérences américaines ou chinoises, menées en roue libre.
Les règles officielles poussent d’ailleurs à la retenue. Viginum, le service chargé de lutter contre les ingérences numériques, prévient toujours les candidats lorsqu’ils sont pris pour cible, mais leur recommande de ne pas communiquer si l’opération a fait peu de bruit. L’objectif est simple, ne pas faire le jeu des entités responsables. Maxime Audinet, enseignant-chercheur à l’Inalco, titulaire d’une chaire sur les stratégies d’influence et de contre-influence en contexte numérique, abonde. Les opérations russes ont été lancées avec des coûts très limités, donc pour un effet très faible, alors qu’une partie du monde politique et médiatique a complètement surréagi. Il appelle à hiérarchiser ces attaques et prévient qu’accorder trop d’attention à des campagnes minuscules peut se retourner contre ceux qui les dénoncent, en installant un doute sur le processus électoral. Exactement ce que cherchent leurs commanditaires. Agiter dès maintenant la menace d’un scrutin volé lui paraît très prématuré.
Reste la question de la riposte. Frédéric Charillon, professeur de science politique et directeur d’un observatoire des stratégies d’influence, juge indispensable une coopération dans les deux sens entre les partis et les instances de l’État. Les formations politiques doivent elles aussi se montrer proactives et signaler tout contenu suspect dès qu’elles le repèrent. Mais il douche les espoirs de solution miracle. Avec la multiplication des contenus générés, courir en permanence après toutes les fausses nouvelles est un combat perdu d’avance. La vraie parade, selon lui, passe par un public formé, éduqué, sensibilisé à ce genre de manipulation. Il cite la Finlande, bien plus avancée sur ce terrain, et reconnaît que la France, qui commence tout juste, ne sera pas au point pour la présidentielle.
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