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Expulsée à 87 ans, Maricarmen devient le visage de la colère des locataires espagnols

Des dizaines de milliers de personnes ont marché dans Madrid pour saluer la mémoire de Maricarmen Abascal, morte peu après avoir été chassée de…

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Expulsée à 87 ans, Maricarmen devient le visage de la colère des locataires espagnols

Des dizaines de milliers de personnes ont marché dans Madrid pour saluer la mémoire de Maricarmen Abascal, morte peu après avoir été chassée de l’appartement où elle vivait depuis 70 ans. Sa disparition a fait du logement l’enjeu central d’élections anticipées.

Une foule immense a envahi les rues de la capitale espagnole pour un dernier hommage. Le cortège s’est élancé de la Puerta del Sol, devenue le quartier général d’un mouvement où des centaines de personnes vivent toujours sous tente, pour rejoindre le quartier cossu du Retiro, à trois kilomètres de là. Devant l’ancien immeuble de Maricarmen Abascal, à deux pas du parc classé au patrimoine mondial de l’Unesco, les participants ont applaudi, déposé fleurs et bougies, puis observé un long silence. Sur la Puerta del Sol, un autel improvisé mêlait cierges, fleurs et pancartes. La délégation du gouvernement central dans la région de Madrid a compté 20.000 personnes.

Maricarmen Abascal avait 87 ans et se déplaçait en fauteuil roulant. Elle a été transportée sur une civière hors de l’appartement où elle habitait depuis sept décennies, après que la société immobilière propriétaire des lieux a fortement relevé son loyer. Deux semaines plus tard, elle est morte à l’hôpital. Un accord avait pourtant été trouvé avec le bailleur, prévoyant son retour chez elle avec un loyer réduit. Elle n’en aura pas profité. Sa mort a transformé une simple affaire individuelle en cause nationale.

La pression de la rue a bousculé l’agenda politique. Le gouvernement de gauche a adopté en urgence deux décrets, l’un renforçant la protection des locataires vulnérables face aux expulsions, l’autre instaurant le renouvellement automatique des contrats. L’opposition de droite et d’extrême droite les a rejetés au Parlement, faisant tomber le gouvernement minoritaire et poussant le Premier ministre socialiste Pedro Sánchez à convoquer de nouvelles élections, fixées au 29 novembre. Reste à savoir si Sánchez, en difficulté dans la plupart des sondages, saura convertir cette colère en voix.

Dans le cortège, les slogans ne prenaient pas de détours. « Ce ne sont pas des morts, ce sont des assassinats », scandait la foule. Rosa Marin, enseignante de 48 ans, voit en Maricarmen « un symbole de lutte ». « Elle nous a fait nous réveiller et dire ça suffit. Nous ne pouvons plus supporter cette situation », a-t-elle confié. Marisol Gallo, 82 ans, est venue soutenir les jeunes générations, dont les salaires ne couvrent plus ni les loyers ni les prix d’achat pratiqués dans la capitale. « C’est une honte, c’est une injustice. Cette lutte va continuer », a-t-elle lancé, en espérant que les manifestations finiront par pousser les autorités à se ressaisir.

Pour Anton Alexander, professeur de photographie, la disparition de la vieille dame a été « la goutte d’eau », celle qui a tout déclenché. « Au fond, Maricarmen est un symbole. J’espère que ce sera un tournant », a-t-il ajouté. Manuel Martin, retraité de 67 ans, résume le sentiment ambiant. « Nous avons une classe politique qui est la plus incompétente depuis le début de la démocratie », a-t-il estimé, avant de rappeler que le logement reste un problème structurel qu’aucun parti ne peut régler seul. Un problème national.

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