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Exode forcé dans le sud libanais

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Des milliers de civils fuient les affrontements frontaliers, trouvant refuge dans des conditions précaires à Saïda. La saturation des structures d’accueil illustre l’ampleur d’une crise humanitaire qui s’aggrave de jour en jour.

La route côtière menant à Saïda est obstruée par un flot continu de véhicules. Cette ville portuaire, traditionnelle porte d’entrée vers le sud, est devenue le principal refuge pour des populations contraintes de quitter leurs foyers. Un ordre d’évacuation émis par l’armée israélienne concerne désormais une bande de territoire représentant près d’un septième du pays. Les frappes aériennes et les tirs d’artillerie se sont intensifiés, rendant la vie impossible dans de nombreux villages.

Nidal Ahmad Chokr a longtemps résisté avant de plier bagage. Employé municipal dans le village de Jibchit, il évoque des scènes qui l’ont décidé à partir, comme la mort d’ouvriers municipaux et de boulangers pris pour cibles en plein travail. Il a finalement rejoint Saïda à l’aube, n’emportant qu’un maigre ballot contenant l’essentiel. Son récit rejoint celui de milliers d’autres. Les centres d’accueil officiels, écoles transformées en abris, sont submergés. Des familles entières se retrouvent à dormir sur le front de mer, dans leurs voitures ou à même le sol, avec enfants en bas âge et personnes âgées.

La directrice d’une organisation non gouvernementale gérant un de ces abris décrit une situation intenable. Les arrivées se font de nuit, avec des regards marqués par la peur, et les demandes se limitent souvent à un espace au sol pour se sentir en sécurité jusqu’au matin. Les capacités sont pourtant largement dépassées. Safaa Al Tabl, mère de cinq enfants, a fui son village de Kharayeb après des jours d’attaques incessantes et de survols permanents de drones. Elle raconte avoir vu des morts et décrit l’insoutenable tension qui a précipité leur départ. L’évocation de sa maison, qu’elle aimait orner de fleurs, lui arrache des larmes. Son plus grand espoir, comme sa plus grande crainte, est d’y retourner un jour, redoutant qu’elle ne soit réduite à des ruines ou que le conflit ne prenne une nouvelle dimension.

Si la majorité des habitants ont obtempéré à l’ordre d’évacuation, certains s’accrochent encore à leurs terres. Dans cette zone majoritairement chiite mais aussi habitée par des chrétiens et des sunnites, les raisons de rester varient. Certains espèrent être épargnés, estimant ne pas être partie prenante au conflit. D’autres, tout simplement, n’ont pas les moyens de partir après des années de crise économique dévastatrice. Un entrepreneur de Nabatiyeh explique que les loyers ont flambé avec l’afflux de déplacés, rendant toute relocation financièrement inaccessible pour beaucoup.

Un sentiment de résignation teinté d’une forme de résilience imprègne les témoignages. Mustapha Khairallah, un vieil homme réfugié à Saïda, affirme que les populations du sud sont habituées aux violences. Il souligne cependant que la nature des frappes actuelles, qu’il estime plus directement dirigées contre les civils, a rendu la situation intenable. Son récit est ponctué par le bruit lointain d’une explosion, rappelant que la menace reste proche. La perspective d’une éventuelle opération terrestre israélienne plus large hante les esprits, ravivant le souvenir des décennies d’occupation passée. Dans ce contexte, l’avenir immédiat de ces déplacés reste suspendu aux développements d’un conflit dont personne ne voit l’issue.

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