Monde
Entre l’Éthiopie et l’Érythrée, la guerre des mots déclenche une alerte régionale
L’Érythrée a saisi le Conseil de sécurité de l’ONU pour dénoncer une « déclaration de guerre » éthiopienne et réclamer des mesures dissuasives. Asmara…


L’Érythrée a saisi le Conseil de sécurité de l’ONU pour dénoncer une « déclaration de guerre » éthiopienne et réclamer des mesures dissuasives. Asmara prévient qu’une telle escalade ferait des ravages dans les deux pays et déstabiliserait toute la région.
L’Érythrée veut faire entendre sa voix au plus haut niveau. Elle a demandé au Conseil de sécurité de l’ONU de condamner sans ambiguïté la « déclaration de guerre déplorable » que son voisin éthiopien lui attribue. Dans une lettre signée par son ministre des Affaires étrangères, Osman Saleh, Asmara réclame également « les mesures dissuasives qui s’imposent ». Son argument est simple et alarmant. Une telle déclaration « causera des ravages considérables aux populations des deux pays et déstabilisera la région tout entière ».
Cette offensive diplomatique répond à une accusation venue d’Addis-Abeba. L’Éthiopie a dénoncé chez son voisin une « agression flagrante » qui justifierait selon elle l’exercice « de son droit inhérent à la légitime défense ». La réplique érythréenne n’a pas tardé. Asmara accuse l’Éthiopie de « tentatives fallacieuses » visant à justifier « ses actes de guerre éhontés », et affirme qu’elle a mis à exécution « son projet d’invasion de l’Érythrée, planifié de longue date », dans le cadre de la vaste offensive lancée dans le nord. La porte-parole du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, sollicitée, n’a pas donné suite.
Ce bras de fer verbal s’installe alors que les combats ont repris depuis plus de deux semaines dans le nord de l’Éthiopie. L’armée fédérale y affronte les forces du Front de libération du peuple du Tigré, une formation qui dirigeait de fait l’État régional du Tigré. D’après les autorités fédérales éthiopiennes, ce mouvement rebelle est soutenu par l’Érythrée, qui a déployé des troupes dans le Nord éthiopien ces derniers jours. Une source sécuritaire étrangère évalue entre 5 000 et 8 000 le nombre de soldats érythréens présents au Tigré.
La situation sur le terrain bouge vite. Les forces fédérales éthiopiennes ont utilisé leurs drones contre les troupes érythréennes à Adigrat, une ville située à une quarantaine de kilomètres par la route au sud de la frontière. Les soldats érythréens ont reculé vers le nord. Accompagnées de combattants de la Force de paix du Tigré, favorable au gouvernement, les troupes éthiopiennes sont ensuite entrées dans Adigrat et en ont pris le contrôle, selon un habitant qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat. « Ils arrivent à bord de véhicules et de nombreux habitants sont sortis dans la rue pour les accueillir », a-t-il raconté. Autre signe d’un retour progressif à la normale, la seule compagnie aérienne à desservir le Tigré a annoncé la reprise de ses vols vers Mekele, la capitale régionale désertée par le TPLF et reprise par les forces fédérales. Les liaisons avaient été interrompues au début des affrontements.
Les deux pays partagent une histoire lourde, faite de ruptures et de réconciliations fragiles. L’Érythrée a conquis son indépendance en 1993, au terme de décennies de lutte armée. Cinq ans plus tard, les deux voisins s’affrontaient dans une guerre sanglante autour de différends territoriaux, entre 1998 et 2000, avec des dizaines de milliers de morts. Le climat s’était réchauffé après l’arrivée au pouvoir d’Abiy Ahmed en 2018, avant de se dégrader de nouveau depuis plusieurs années, chacun accusant l’autre de vouloir le déstabiliser. En toile de fond, une question irrite Asmara. L’Érythrée estime que son voisin lorgne son port d’Assab, tandis qu’Abiy Ahmed répète que son pays, privé d’accès à la mer, doit en retrouver un.
Le souvenir du conflit le plus récent reste vif. Entre 2020 et 2022, les combattants du TPLF avaient affronté les forces gouvernementales éthiopiennes, alors épaulées par l’Érythrée, dans une guerre dévastatrice qui avait fait au moins 600 000 morts. Depuis, l’Éthiopie accuse régulièrement l’Érythrée de soutenir les rebelles tigréens. Début octobre, Addis-Abeba a dénoncé des actes « d’hostilités et de belligérance » de son voisin, ce qui a entraîné la rupture de leurs relations diplomatiques.
Face à cette montée des tensions, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a tiré la sonnette d’alarme. Il a pointé « les risques d’escalade qui compromettent davantage la stabilité de la région ». Il a rappelé aux pays de la zone le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures d’un autre État, ainsi que leur obligation de s’abstenir de recourir à la menace ou à l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout pays. Reste à savoir si l’appel sera entendu.
À lire aussi





PolitiqueEn Ligne 6 joursBudget 2027, Wauquiez écarte la censure et promet 20 milliards d’économies de plus



PolitiqueEn Ligne 5 joursLe Rassemblement national décroche enfin son premier groupe au Sénat



PolitiqueEn Ligne 6 joursPour Fabien Roussel, mieux vaut dialoguer avec les lycéens que laisser la violence prendre le dessus



SociétéEn Ligne 6 joursJusqu’à 500 lycées fermés lundi, 24 établissements saccagés



Faits DiversEn Ligne 4 joursRefus de mariage à Béziers, 7 500 euros d’amende réclamés contre Robert Ménard



SociétéEn Ligne 5 joursLes tracteurs de la Confédération paysanne vont rejoindre les lycéens dans la rue



EuropeEn Ligne 6 joursMerz débarque à Kiev avec un milliard d’euros et un avertissement à Moscou



SociétéEn Ligne 5 joursMain arrachée, œil perdu et mâchoire brisée, quatre enquêtes sur des blessures de lycéens








