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Le roi des cafards défie Modi, puis se fait arrêter à sa descente d’avion

À 31 ans, Abhijeet Dipke a transformé une insulte visant la jeunesse indienne en mouvement de masse, suivi par plus de 25 millions de personnes. Samedi…

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Le roi des cafards défie Modi, puis se fait arrêter à sa descente d'avion

À 31 ans, Abhijeet Dipke a transformé une insulte visant la jeunesse indienne en mouvement de masse, suivi par plus de 25 millions de personnes. Samedi, il a été interpellé à New Delhi avant même d’avoir pu manifester contre la Commission électorale.

Jeans, t-shirt, barbe noire et téléphone toujours à portée de main. Abhijeet Dipke, 31 ans, ne ressemble pas aux figures politiques classiques de son pays, et il en joue. Diplômé de l’université de Boston, passé par la communication du parti d’opposition Aam Aadmi Party, il se présente moins comme un politicien que comme un amplificateur de la colère populaire. Son mouvement porte un nom provocateur, le Cockroach Janta Party, autrement dit le parti du peuple des cafards. Une insulte retournée en étendard, puisque le terme vient d’une comparaison employée par le président de la Cour suprême, qui avait assimilé les jeunes chômeurs indiens à ces insectes. Sa réponse tient en une question publiée sur X, « et si tous les cafards s’unissaient ? »

Le résultat a dépassé ce qu’il pouvait imaginer. Des dizaines de milliers de personnes ont rejoint le mouvement dès le premier jour, et son compte Instagram rassemble aujourd’hui plus de 25 millions d’abonnés, soit plus de 15 millions de plus que celui du Bharatiya Janata Party, la formation de Narendra Modi au pouvoir. Derrière les chiffres, il y a une génération. Celle des jeunes nés au tournant du XXIe siècle, frappés par le chômage, échaudés par les scandales autour des examens et persuadés que les institutions de leur pays sont corrompues. Le CJP a fini par sortir des écrans pour descendre dans la rue, et il a déjà fait plier le gouvernement.

En juillet, la mobilisation contre des irrégularités présumées dans les concours d’entrée en médecine a pris une ampleur inattendue. Des étudiants ont mis fin à leurs jours, et le ministre de l’Éducation, Dharmendra Pradhan, a dû démissionner. Un revers rare pour Narendra Modi depuis son arrivée au pouvoir en 2014. Cette fois, le mouvement vise la Commission électorale, accusée par le CJP et par d’autres formations d’opposition d’avoir bricolé la révision des listes électorales au bénéfice du BJP. Les cafards réclament la démission de son chef, Gyanesh Kumar.

C’est précisément pour cela qu’Abhijeet Dipke était attendu à New Delhi. Il n’a pas eu le temps d’y arriver. Lui et deux autres responsables du CJP ont été interpellés avant même de descendre de l’avion. Dans une vidéo diffusée quelques minutes plus tôt sur les réseaux sociaux, il a lancé « c’est une dictature », avant d’ajouter « nous n’avons pas peur de vous. Allez-y, arrêtez-nous. Victoire à Notre Mère l’Inde ! Vive la révolution ! »

Il reste pourtant convaincu qu’il ne faut pas transformer son mouvement en parti. À ses yeux, cela n’a aucun sens tant que les élections sont truquées et les résultats connus d’avance. Et il voit dans le dispositif déployé à Delhi, où des dizaines de milliers de policiers et de paramilitaires bloquent depuis vendredi l’accès au principal lieu de rassemblement, la preuve d’une fébrilité. « Modi a accepté la défaite avant même que notre protestation ne commence », a-t-il commenté. Sa conclusion tient en une phrase. « La répression massive contre les manifestants et la mise sous cloche de Delhi ne sont pas des signes de force, mais ceux d’un dirigeant terrifié par son peuple. »

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