Nous rejoindre sur les réseaux

Europe

Ceuta panse ses plaies avant de recevoir le roi Felipe VI

Deux mois après l’arrivée de dizaines de milliers de migrants venus du Maroc, cette enclave espagnole d’Afrique du Nord se prépare à accueillir le roi…

Article

le

Ceuta panse ses plaies avant de recevoir le roi Felipe VI

Deux mois après l’arrivée de dizaines de milliers de migrants venus du Maroc, cette enclave espagnole d’Afrique du Nord se prépare à accueillir le roi Felipe VI et la reine Letizia. Une visite qui tombe au tout début d’une campagne électorale où l’immigration s’annonce comme le principal point de friction.

Ceuta tient dans 18 kilomètres carrés, posés sur la rive africaine du détroit, entre Méditerranée et Atlantique. Près de 80 000 personnes y vivent et, à la fin du mois de juillet, plus de 70 000 migrants venus du Maroc y sont entrés en quelques heures. Le bilan humain est lourd, au moins une centaine de morts, pour l’essentiel en mer, selon les autorités et les organisations humanitaires. La majorité de ces arrivants a quitté le territoire ou a été reconduite dans la foulée. Plusieurs milliers, eux, sont restés, dormant dans les rues ou sur les collines de la périphérie.

Deux mois plus tard, la ville cherche encore son équilibre. Dans les conversations, le sujet revient comme un caillou dans la chaussure. Esperanza Ansede, 63 ans, enseignante, préfère éviter le terrain glissant avec ses collègues pour ne pas se fâcher. Elle travaille aux côtés de femmes musulmanes et, quand l’une d’elles lui dit que des gens bien et des gens mauvais sont entrés, elle répond qu’ils doivent tous être renvoyés. Depuis une terrasse animée du centre-ville, elle résume la situation d’un mot, celui d’une invasion.

Gema Miralles, esthéticienne de 54 ans, partage ce sentiment. Elle reconnaît que la cohabitation en prend un coup et résume l’aspiration générale, qu’on soit musulman, hindou, juif ou chrétien, à voir partir ceux qui sont entrés illégalement, car ils ne peuvent pas rester là. Ceuta cultive pourtant une longue réputation de coexistence, avec une population musulmane d’environ 40 % et les grandes fêtes de l’islam reconnues comme jours fériés. À El Príncipe, quartier très majoritairement musulman et parmi les plus défavorisés, la Semaine sainte catholique continue de faire descendre un Christ dans les rues depuis la petite église perchée sur les hauteurs.

L’été a fissuré ce socle. Ahmed Enfed-Dal, 48 ans, président de l’association de quartier d’El Príncipe, se dit déçu par des habitants qui ont détruit des abris de migrants ou empêché la Croix-Rouge de leur distribuer de la nourriture. De là-haut, entre maisons colorées et ruelles sinueuses, la frontière marocaine se devine à quelques minutes à pied, la mer en arrière-plan. C’est par là que la foule est montée. Il parle d’une marée humaine et sa voix se brise encore au souvenir des conditions dans lesquelles ces personnes sont arrivées. Le quartier est passé d’environ 12 000 à 20 000 âmes, ses habitants ayant tenu pendant plus d’un mois un accueil improvisé pour les femmes et les jeunes filles. Des dizaines de migrants errent encore dans les rues, en dehors des centres ouverts, qui offrent plus de 7 000 places aux adultes et 2 700 aux mineurs. Sur un mur, une inscription proclame que El Príncipe aussi, c’est l’Espagne.

C’est dans ce climat que le roi Felipe VI et la reine Letizia sont attendus. Aucun souverain espagnol n’avait foulé le sol de Ceuta depuis 2007, et le déplacement est d’autant plus délicat que le Maroc revendique cette enclave stratégique. Il intervient aussi au démarrage d’une campagne électorale dont l’immigration s’annonce comme l’un des thèmes centraux et une ligne de fracture entre le gouvernement du socialiste Pedro Sanchez et ses opposants de droite et d’extrême droite, en vue du scrutin du 29 novembre.

Dans le centre historique, les drapeaux espagnols flottent nombreux et le slogan qui affirme que Ceuta n’est pas à vendre et qu’elle se défend s’étale sur les façades. Les migrants restés y sont difficiles à croiser, mais la forte présence policière rappelle que rien n’est revenu à la normale. Ahmed Enfed-Dal, installé à Ceuta depuis plusieurs générations, aurait aimé que le roi pousse jusqu’à son quartier. C’est notre roi, dit-il. J’aurais aimé qu’il vienne ici, dans le quartier, et que nous nous sentions, nous aussi, comme faisant pleinement partie de Ceuta.

À lire aussi

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus