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Au Tigré, ils ont dix ans et la guerre leur a pris leurs jambes

Dans un hôpital de Mekele, des enfants amputés ou blessés racontent les bombardements qui ont frappé leurs villages. Le Tigré replonge dans un conflit que…

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Au Tigré, ils ont dix ans et la guerre leur a pris leurs jambes

Dans un hôpital de Mekele, des enfants amputés ou blessés racontent les bombardements qui ont frappé leurs villages. Le Tigré replonge dans un conflit que beaucoup espéraient terminé.

Elle s’appelle Iyerusalem et elle a dix ans. Il y a peu, elle courait encore dans les ruelles de Qarsole, un hameau du district d’Alamata, dans le sud du Tigré. Aujourd’hui, elle est allongée dans un lit de l’hôpital Ayder, à Mekele, la capitale régionale. Ses deux jambes ont été coupées, la gauche sous le genou, la droite au niveau du pied. Elle se souvient de l’instant où tout a basculé. Elle se trouvait dans l’enceinte de la maison familiale quand son frère aîné et leur cheval ont été touchés. Le frère est mort. Le cheval aussi. Ses moignons la font souffrir, dit-elle, mais une idée la tient debout. Si on la soigne et qu’elle remarche, elle retournera à l’école.

Ce genre de récit s’est multiplié ces dernières semaines dans le nord de l’Éthiopie. Les hostilités ont repris fin septembre, opposant à nouveau l’armée fédérale au Front de libération du peuple du Tigré, le TPLF, qui dirigeait de fait l’État régional. Samedi, les forces fédérales ont repris Mekele sans livrer combat, les combattants du TPLF ayant quitté la ville. Le pays garde en mémoire la guerre précédente, entre 2020 et 2022, l’une des plus meurtrières au monde ces dernières années, avec au moins 600 000 morts selon une estimation de l’Union africaine que beaucoup jugent en dessous de la réalité.

À quelques mètres d’Iyerusalem, dans une chambre voisine, Betelhem, dix ans elle aussi, vient du même district. Sa jambe cassée est maintenue par un appareillage de fortune. Elle jouait avec sa sœur quand les coups sont tombés. Sa cadette Melat, six ans, touchée au cou, a elle aussi été opérée dans le même établissement. Leur mère, enceinte, n’a pas survécu. Haftom, leur père, marchand de trente-neuf ans, se retrouve veuf avec ses filles blessées. Sa colère n’est pas retombée. Nous sommes des civils, répète-t-il. Nous n’avons pas d’armes et nous ne combattons pas.

Les urgences de l’hôpital Ayder ont reçu trente-quatre blessés ces derniers jours, atteints par de l’artillerie lourde, des drones, des tirs ou des explosifs. Vingt-trois d’entre eux étaient des enfants. La petite Lomo, six ans, a perdu sa jambe droite. Un adulte est mort. Sur place, les moyens manquent cruellement. Pas de scanner pour examiner les patients, des réserves d’anesthésiant qui s’épuisent, des poches de sang trop rares pour les transfusions. Chacun soigne comme il peut.

Dans une autre chambre, Hana, douze ans, a la jambe gauche bandée et le visage couvert de cicatrices. Le bruit de l’explosion qui a fait trembler sa maison lui revient encore en tête, et elle veut elle aussi reprendre vite l’école. Ce qu’elle ignore, c’est que sa mère et son frère ont péri sous les bombes, comme l’assure son voisin de chambre. Un médecin de l’hôpital, qui préfère taire son nom, redoute un retour des combattants du TPLF et une reprise des affrontements dans les jours à venir. Selon lui, les deux camps font souffrir la population. Il dit ne soutenir ni l’un ni l’autre. Ce qu’il veut, comme les familles alignées dans les couloirs, c’est que les armes se taisent enfin.

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