Politique
À Jakarta, des adultes retrouvent l’enfance pour décompresser
Chaque vendredi soir, des centaines de professionnels stressés se retrouvent dans un stade de Jakarta pour sauter, courir et jouer comme des gamins. Une…


Chaque vendredi soir, des centaines de professionnels stressés se retrouvent dans un stade de Jakarta pour sauter, courir et jouer comme des gamins. Une thérapie collective gratuite qui séduit de plus en plus d’Indonésiens.
Annisa Enggracia Fidel, 31 ans, travaille dans la tech. Mais tous les vendredis, elle troque son ordinateur contre un élastique et un terrain de jeu. Elle court, transpire, défend son fort contre d’autres adultes en sueur. « Plus on dépense d’énergie, plus on évacue le stress », raconte-t-elle au milieu de 500 participants rassemblés dans un grand stade de la capitale indonésienne. Cette routine, c’est celle de la « Play Community », un groupe créé en 2024 pour permettre aux adultes de souffler en s’adonnant à des jeux d’enfants.
L’idée vient d’Akihiko Akira, un employé de bureau de 24 ans. Épuisé par la pression du travail et des problèmes personnels, il s’est mis à sauter par-dessus un élastique, comme à l’époque de l’école primaire. Il a posté des vidéos de ses sessions. Très vite, d’autres personnes ont voulu le rejoindre. Aujourd’hui, la communauté rassemble jusqu’à un millier de participants par séance, sans aucun frais. Il suffit d’apporter une bouteille d’eau et des vêtements confortables. Le concept essaime désormais à Bandung, Yogyakarta et même Bali.
Ces jeux ne sont pas anodins. Beaucoup sont physiques, comme le « bentengan » qui consiste à protéger son fort, ou une variante de cache-cache très énergique. D’autres préfèrent des activités plus calmes, comme le « congklak », un jeu de comptage avec des graines. Mais dans tous les cas, l’objectif est le même : libérer la pression. « Il y a un sentiment de solidarité, on rencontre de nouvelles personnes, et à ce moment-là, on redevient humain », explique une psychologue de Jakarta. Selon elle, ces moments agissent comme un antidépresseur naturel, sans médicament.
Jakarta est une métropole étouffante. Plus de 42 millions d’habitants avec ses villes satellites, des embouteillages interminables, une pollution suffocante, peu d’espaces verts. L’année dernière, 1,5 % des habitants de plus de 15 ans ont souffert de dépression, un taux supérieur à la moyenne nationale. Dans ce contexte, la Play Community offre une bouffée d’air. Intan Permata, mère de trois enfants, fait 1h30 de trajet chaque vendredi depuis la province voisine de Banten pour participer. « Mon âme d’enfant est soudainement revenue, toutes mes douleurs musculaires ont disparu et je me sens heureuse », confie-t-elle.
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