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À Bornéo, ils poursuivent l’État pour pouvoir respirer un air propre

Des habitants de Kalimantan occidental, exaspérés par les fumées des incendies, traînent le président indonésien et 26 responsables devant la justice. Ils…

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À Bornéo, ils poursuivent l'État pour pouvoir respirer un air propre

Des habitants de Kalimantan occidental, exaspérés par les fumées des incendies, traînent le président indonésien et 26 responsables devant la justice. Ils veulent faire reconnaître leur droit à un air sain et obtenir enfin des moyens concrets.

La province de Kalimantan occidental, sur l’île de Bornéo, suffoque depuis des mois. Les incendies y ont brûlé de vastes étendues de forêts et de tourbières, et la fumée toxique s’installe dans le quotidien de près de six millions d’habitants. Quatre plaignants ont décidé de ne plus subir en silence. Épaulés par des avocats, ils ont lancé une action collective contre l’État indonésien, lui reprochant sa négligence, ses omissions et ses défaillances, qu’ils tiennent pour responsables d’une crise sanitaire majeure. La procédure vise directement le président Prabowo Subianto, mais aussi 26 responsables des autorités nationales, provinciales et locales, de la police et des services d’urgence.

Pour Sisilius Rami, 29 ans, l’un des plaignants, la demande n’a rien d’excessif. Il réclame simplement ce qui devrait aller de soi, un air pur et un environnement sain. Il veut respirer normalement, voir un ciel dégagé, profiter du soleil. Dans sa ville de Pontianak, enveloppée d’une brume de pollution, le nuage toxique s’invite partout. Les écoles ont fermé, au moins temporairement, et les enfants paient les premiers. Les activités de plein air, les travaux agricoles, tout est compromis. Sortir sans masque, c’est risquer d’inhaler des substances nocives. Pour lui, les enfants ont droit à l’éducation et la communauté a le droit de vivre dans un environnement sain. Le gouvernement doit être présent pour garantir ces droits, au lieu de laisser les gens affronter seuls les conséquences.

Les autres plaignants sont des ONG qui défendent la jeunesse, l’environnement et les peuples autochtones. L’une d’elles, AMAN, estime que le fardeau a trop longtemps pesé sur des habitants mal équipés, armés de simples tuyaux d’arrosage et de masques chirurgicaux. Son représentant, Tono, ne mâche pas ses mots. Si l’État avait réellement voulu éteindre les flammes, la fumée ne serait plus là, dit-il. À ses yeux, il fallait forer des puits, distribuer du matériel en quantité suffisante et envoyer davantage d’avions bombardiers d’eau auprès des communautés. Le gouvernement dispose de ressources et d’infrastructures bien plus adaptées que celles des villages, et pourtant, sur le terrain, ce sont les habitants qui se battent avec des moyens dérisoires.

Me Glorio Sanen, avocat de l’ONG, pointe une impréparation difficile à justifier. L’Indonésie était prévenue depuis des mois d’une saison sèche particulièrement intense, liée au phénomène météorologique El Niño. Et lorsqu’il s’agit de coordonner les ministères et les différents niveaux de gouvernement, une seule personne a l’autorité pour le faire, le président. C’est la raison pour laquelle Prabowo Subianto figure dans la plainte. La fumée, elle, ne s’arrête pas aux frontières. Elle a gagné la Malaisie voisine, Singapour et jusqu’aux Philippines.

Les plaignants réclament la déclaration de l’état d’urgence nationale, afin de débloquer des ressources. Ils demandent aussi la gratuité des soins pour les personnes souffrant d’infections respiratoires aiguës, une indemnisation pour les familles des personnes décédées et une enquête approfondie sur l’origine des flammes. Ils pointent du doigt les grandes entreprises qui brûlent des terres pour y cultiver du bois, du riz ou du palmier à huile, ou pour y mener des activités minières. De son côté, le gouvernement affirme respecter la démarche et assure que beaucoup de ces préoccupations sont déjà prises en compte, entre la lutte contre les incendies au sol et par voie aérienne, les services de santé destinés aux populations touchées et les enquêtes visant 95 entreprises. Il rappelle l’interdiction en vigueur de défricher par brûlis et dit partager l’objectif des plaignants, un air pur et la fin de ces incendies à répétition. Une nouvelle audience est prévue le 21 octobre devant le tribunal de Pontianak.

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