Europe
Marine Le Pen fait déjà trembler Bruxelles, Macron en profite
La favorite de 2027 a posé ses cartes à Bruxelles cette semaine, promettant de réduire la contribution française et de couper le soutien à l’Ukraine. Ses…


La favorite de 2027 a posé ses cartes à Bruxelles cette semaine, promettant de réduire la contribution française et de couper le soutien à l’Ukraine. Ses menaces offrent un répit inattendu à Emmanuel Macron, pourtant affaibli sur la scène intérieure.
Marine Le Pen n’attend pas 2027 pour peser. Favorite dans la course à l’Elysée, la cheffe de file du Rassemblement National a débarqué à Bruxelles mercredi pour tenir une conférence de presse dans un hôtel cossu, entourée de journalistes européens. Elle a aussi longuement exposé ses intentions dans les colonnes du Financial Times, agitant la menace d’un bras de fer sur le budget de l’Union et promettant des jours compliqués à Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission, si elle venait à être élue.
Ses promesses claquent. Réduire drastiquement la contribution de la France au budget européen. Arrêter le financement de l’Ukraine. De quoi donner des sueurs froides aux institutions de Bruxelles, au moment même où les Vingt-Sept discutent du futur budget de l’Union et du soutien à Kiev, jeudi et vendredi. « Elle est dans la salle », dessine un diplomate européen, qui voit dans cette prise de parole une façon de peser avant même d’avoir le pouvoir. Un autre diplomate, sous couvert d’anonymat, ne mâche pas ses mots. « Elle est très maligne d’avoir fait sa conférence de presse hier. » Pour Francesco Nicoli, professeur de sciences politiques au Politecnico de Turin, son interview au Financial Times est « assez effrayante » pour les institutions, en particulier sur l’Ukraine. Un haut responsable européen peine même à se figurer l’UE avec l’extrême droite au pouvoir à Paris, d’autant que le contact avec Marine Le Pen n’a jamais vraiment été noué.
C’est là que le tableau se corse. Car ces menaces, aussi inquiétantes soient-elles, offrent en creux un répit à Emmanuel Macron. Affaibli par la crise politique, financière et sociale qui secoue le pays et le mouvement de contestation des lycéens et étudiants, le président sortant garde pourtant l’oreille de ses pairs à Bruxelles. « Ce qui est sûr, c’est qu’il y a à Bruxelles la volonté de profiter autant que possible du fait qu’il soit encore là et de sécuriser tout ce qui peut l’être avant un possible orage », analyse Sébastien Maillard, conseiller spécial à l’Institut Jacques Delors.
Le contexte l’aide. Aucun autre dirigeant européen ne parvient à imposer son leadership, à commencer par l’Allemand Friedrich Merz, très affaibli sur la scène intérieure et confronté à une montée en puissance de l’extrême droite inédite depuis 1945 dans son pays. « Macron capte ce qui se passe dans la salle du Conseil. Il sait très bien négocier, est beaucoup plus agile que Merz », assure un diplomate. De quoi capitaliser dans les négociations en cours, notamment sur le budget, où la bataille s’annonce rude entre les pays dits frugaux, menés par l’Allemagne, et les tenants d’une ligne plus ambitieuse comme la France.
Tout n’est pas rose pour autant. Sébastien Maillard rappelle que Macron a acquis une stature internationale, un peu comme Tony Blair, qui peut perdurer et, quelque part, le sauver face à l’état de la France. Il cite son influence sur la succession de Christine Lagarde à la tête de la Banque centrale européenne ou sur le budget. Mais Francesco Nicoli tempère. « Macron est clairement en position de force sur la sécurité, l’Ukraine, mais il est faible sur les questions économiques », pointe-t-il, sans voir d’urgence chez les autres Etats à négocier sur le budget. Reste une question. Le chef de l’Etat a-t-il esquivé les journalistes à son arrivée pour éviter que Marine Le Pen ne parasite le sommet de jeudi ? « Je pense que c’est pour cela que Macron est invisible. Il ne veut pas réagir », avance une source diplomatique.
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