Monde
La Vierge noire, arbitre malgré elle de la présidentielle brésilienne
Des milliers de fidèles ont convergé ce lundi vers le sanctuaire d’Aparecida pour honorer la sainte patronne du Brésil. En pleine campagne du second tour…


Des milliers de fidèles ont convergé ce lundi vers le sanctuaire d’Aparecida pour honorer la sainte patronne du Brésil. En pleine campagne du second tour, Lula et Flavio Bolsonaro se disputent le vote des catholiques.
Bâtons de marche à la main, fleurs dans les bras, ils sont des milliers à avoir rejoint le sanctuaire d’Aparecida ce lundi. La sainte patronne du Brésil, une minuscule statue en terre cuite retrouvée par trois pêcheurs en 1717, attire chaque année les croyants venus de tout le pays. Cette fois, une autre foule s’est invitée autour de la Vierge noire, celle des candidats à la présidentielle.
La polémique est née pendant la campagne du premier tour, le 4 octobre. Une rumeur a circulé sur les réseaux sociaux, assurant que Flavio Bolsonaro comptait priver la Vierge de son titre de patronne nationale s’il accédait au pouvoir. Le sénateur, de confession évangélique, a dû démentir publiquement. En face, Lula a soufflé sur les braises de ces bruits en ligne. Le sujet touche une corde sensible, car les catholiques restent majoritaires au Brésil, près de 57% selon les derniers chiffres officiels datant de 2022, même si leur poids recule face à la progression des évangéliques, qui atteignent 27%.
Ce lundi, jour de fête nationale dédiée à la Vierge, les deux camps ont voulu marquer le coup. Lula, 80 ans, et Flavio Bolsonaro, 45 ans, ont assisté à des messes séparées, à Brasilia. Le président sortant a regretté que la Vierge soit offensée, reprochant à ses adversaires de ne pas vouloir respecter la religion des autres. Le sénateur a de son côté assuré de son respect pour la foi de millions de Brésiliens.
Dans le sanctuaire du sud-est du pays, la prière et la politique ont cohabité sans gêne. Geraldo Alckmin, le colistier de Lula à la vice-présidence, s’est installé au premier rang d’une messe où des milliers de fidèles ont chanté, émus, en agitant des mouchoirs bleus. Dehors, Maria Vanda Lopes s’appuyait sur le bâton qui l’a portée pendant sept jours et 240 km de marche depuis Valinhos. Pour cette étudiante en pédagogie de 54 ans, la controverse autour de la Vierge est absurde, une pure manœuvre politique. Elle votera Flavio Bolsonaro. Elle se dit féminine sans être féministe, traditionnelle et de droite.
Les enquêtes d’opinion dessinent deux électorats bien tranchés. Les catholiques penchent majoritairement pour Lula, tandis que les évangéliques soutiennent Flavio Bolsonaro, comme ils portaient son père, l’ancien président d’extrême droite Jair Bolsonaro. Le pasteur Gustavo Knauer, spécialiste en sciences politiques, résume la mécanique à l’œuvre. Selon lui, ce sont aujourd’hui les évangéliques qui désignent le président, parce qu’ils votent en bloc, le sentiment d’appartenance au groupe primant sur tout le reste.
Tous ne vivent pas ce rendez-vous sur le mode de l’affrontement. David de Santos, 47 ans, a avalé 50 km sous la pluie en vingt-quatre heures pour rejoindre le sanctuaire, qui se présente comme le plus grand temple marial du monde. Il appelle à ne pas mélanger politique et religion et raconte avoir croisé en chemin des évangéliques venus soutenir les marcheurs, distribuant eau, fruits et médicaments.
Pour une partie des fidèles, l’inquiétude domine pourtant. Amanda Rosa Alves, étudiante pro-Lula de 29 ans arrivée de Viçosa, rappelle que le Brésil est un État laïque, mais estime qu’avec Flavio Bolsonaro cette laïcité vacille et que les catholiques se sentent en insécurité. L’archevêque d’Aparecida, Mario Antonio da Silva, refuse de céder à la peur et juge prématuré de bâtir des scénarios angoissants avant le second tour. Rodrigo Nunes, professeur à l’Université pontificale catholique de Rio de Janeiro, observe lui une migration des votes catholiques vers la droite, portée par le discours conservateur des évangéliques sur les questions morales.
Les sondages placent Flavio Bolsonaro en favori du second tour, fort de son avance de deux points sur Lula au soir du premier tour.
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