Europe
À Moscou, un musée neuf raconte le nazisme et range le Goulag au placard
L’ancien musée de l’histoire du Goulag a fermé en novembre 2024, officiellement pour des manquements à la sécurité incendie, et n’a jamais rouvert. À sa…


L’ancien musée de l’histoire du Goulag a fermé en novembre 2024, officiellement pour des manquements à la sécurité incendie, et n’a jamais rouvert. À sa place, la municipalité a inauguré un établissement consacré aux crimes nazis, où le pouvoir russe recompose le passé à sa convenance.
Le bâtiment a changé de locataire sans changer d’adresse. Là où se trouvait le musée de l’histoire du Goulag, fermé « temporairement » en novembre 2024 et jamais rouvert depuis, la ville de Moscou a installé son « musée de la mémoire », dédié aux crimes de l’Allemagne nazie pendant l’invasion de l’Union soviétique en 1941. Les pièces de l’ancien lieu ont été transférées dans les réserves, glisse le guide du nouvel établissement. Le projet, porté par la municipalité, se présente comme un hommage au « génocide du peuple soviétique ».
Ce choix d’emplacement n’a rien d’anodin. Il s’inscrit dans un récit officiel qui s’appuie sur la lutte de l’URSS contre l’envahisseur nazi pour donner un sens au conflit qualifié d’« existentiel » lancé en Ukraine voici quatre ans et demi. Dans les manuels scolaires russes, Joseph Staline n’apparaît plus que comme le héros et le tombeur du nazisme. Plusieurs statues à sa gloire ont été dévoilées ces dernières années, dont une dans le métro moscovite. Le narrateur virtuel du musée évoque une patrie confrontée à une violence sans précédent, en passant sous silence les millions de victimes des répressions staliniennes.
Pour découvrir les lieux, il faut suivre une visite guidée. Le site précise que l’établissement accueille « avant tout » les vétérans de la guerre en Ukraine, leurs familles, des étudiants et des écoliers. Les rares visiteurs regardent défiler sur les écrans l’histoire d’une famille fictive, les Lebedev, visiblement produite par l’intelligence artificielle. Un couple et ses enfants y racontent le siège de Léningrad, les camps de concentration, les villages incendiés. Le guide parle d’une « image composite », chaque personnage ayant plusieurs prototypes, tout en assurant que le tournage a fait appel à de vrais acteurs.
La mise en scène frappe fort. Des écrans géants reconstituent les châlits des camps et l’entrée d’Auschwitz-Birkenau, avec l’inscription Arbeit macht frei qui surmonte son portail. Des figures de cire montrent des femmes et des enfants tenus en joue par des hommes en uniforme nazi, vêtements déchirés et ensanglantés, corps marqués par la torture. Le réalisme est poussé très loin. Ce que reprochent les détracteurs du musée, c’est justement la part prise par l’IA dans la fabrication du contenu, alors que les objets d’époque et les témoignages de personnes réelles se comptent sur les doigts d’une main.
La dernière salle revient sur les procès de Nuremberg, où les plus hauts responsables nazis ont été jugés et condamnés entre novembre 1945 et octobre 1946. Le guide conclut que toutes les guerres prennent fin et que tous les crimes finissent par être jugés.
Maxime Novikov, guide et historien de 43 ans, avoue une bonne surprise. Il a trouvé intéressant qu’une partie du nouveau musée soit consacrée aux territoires russes passés sous occupation nazie. Mais l’homme soupire quand il pense au musée du Goulag, qu’il juge unique. Sa disparition ressemble selon lui à une décision politique, destinée à faire oublier une histoire dérangeante, celle du KGB.
Une Russe qui se bat pour préserver cette mémoire, et qui préfère taire son nom, parle d’une zone d’ombre désormais définitive et d’une histoire commune déformée. Lina, médecin de 72 ans, trouve la situation terriblement triste. Elle regrette le lieu où elle aurait pu emmener ses enfants et ses petits-enfants. Il existe des pages sombres du passé qu’il faut connaître malgré tout, rappelle-t-elle, avant de prévenir que l’histoire se répète et que cela peut se reproduire de façon encore plus terrible.
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